Un point sur Charlie.

Putain, c’est pas possible.

C’est pas vrai. C’est quoi ce délire ? On est en France, à Paris, dans le 11ème arrondissement, c’est pas juste possible. C’est forcément une erreur d’I>Tele, c’est un mort, un blessé grave seulement, peut-être, ils se sont gourés, ils ont rajouté un zéro dans la précipitation, c’est obligé… !

C’était pas une erreur d’I>Télé, finalement.

Ce que ça fait mal, putain. Depuis mercredi, j’ai l’impression de flotter entre sidération, tristesse, colère et rage.

Je ne lisais pas Charlie, hein. Comme 95% de la population, j’avoue que, l’un dans l’autre, et globalement, c’était pas ma came. C’est pas que j’étais particulièrement imperméable à leur humour, non, mais juste pas fan au point de dépenser 3 euros hebdomadaires pour ça. J’ai du l’acheter une fois ou deux, en fait, à peut prêt autant que le Figaro (ne me jugez pas : il y a des coins à la campagne où on ne trouve même pas le Monde). Comme tout le monde, j’étais satisfait de savoir que, quelque part, virtuellement, il y avait quelqu’un qui se consacrait à dessiner toutes les conneries, toutes les vulgarités, toutes les bites et les nichons nécessaires à l’affirmation victorieuse d’une République des lumières gauloise, pendant que je me consacrait personnellement à des tâches plus intellectuellement relevées, comme la lecture de la Mare aux canard, page 2.

En gros, je les laissait mourir, de mort lente, certes, mais mourir quand même, sans m’en préoccuper plus que ça. Evidemment, c’était dommage : un journal qui meurt, c’est toujours une part de République qui s’en va. C’est pour ça que je n’ai pas affiché « Je suis Charlie » : j’aurais eu l’impression d’être hypocrite. Mais c’est purement personnel. Chacun exprime comme il lui sied sa peine et sa douleur, j’ai le plus grand respect pour ça.

Et puis, c’est vrai qu’en réalité, Cabu, pour moi, c’est le Canard, Tignous, c’est Marianne, et Bernard Maris, c’était France Inter. J’ai du mal à imaginer la matinale du vendredi matin sans lui et Dominique-Seux-des-Echos s’engueulant poliment sur l’intérêt des eurobonds, avant de tomber d’accord sur le dos des fonctionnaires trop nombreux. Charb, Wolinski, Honoré, Elsa Cayat, les deux policiers, l’homme qui faisait l’entretien, je ne les connaissais pas plus que ça, franchement, mais je pleure quand même leur mort. C’est trop con, partir comme ça, pour ça.

On a tué des innocents, mercredi. On a tué une innocente jeudi. On a tué des innocents vendredi. Des gens gentils, tous. Des pacifistes dans une salle de rédac, qui déconnaient, qui ne respectaient aucune idole hormis le rire, et qui aimaient tous d’autant plus leur prochain qu’ils le châtiait bien, chaque fois qu’il se comportait comme un gros con, le prochain, à coup de dessins qui avaient la cruauté, la malice, et l’innocence de Candide. Prétendre que Charlie Hebdo était réactionnaire, comme peuvent le faire certains petits marquis de la rébellion certifiée 100% de gôche, est une insulte à tout ce que pouvait bien être Charlie, et un aveu d’ignorance. Leurs dessins étaient affreux, sales, bêtes et méchants, tant qu’on veut, choquant, si on le voulait, mais racistes ? homophobes ? d’extrême-droite ? Je ne le pense pas. [Cela étant, je n’ose crier « jamais », car n’expérimentant pas moi-même le racisme au quotidien, je ne peux pas totalement être bon juge de la question].

On a tué des gens parce qu’ils faisaient leurs courses. Leurs courses, bons dieux. Est-ce que c’est un monde, ça, que de risquer la mort pour avoir manqué de beurre dans son frigo ?

Tous ces morts au nom de quoi ? De la barbarie, du fascisme et de l’intolérance la plus crasse, de la haine la plus obscure, de la folie la plus noire, ça c’est sûr. La religion ? Un prétexte. J’avoue mon ignorance quant à l’existence d’une puissance transcendante quelconque, que ce soit Dieu, Allah, la Nature ou Rolf Kasparec, mais je doute que le cas échéant elle puisse se sentir flattée par ce genre d’adorateurs.

Ce qui me touche particulièrement, c’est de voir comment les Français ont été solidaires, spontanément, sans avoir besoin de mot d’ordre, ni des médias ni des politiques – mercredi, tout s’est fait sur les réseaux sociaux, et c’était une belle mobilisation. C’est dans ces moments là, si rares et précieux, qu’on se rappelle que la République n’appartient ni aux partis politiques ni aux institutions, qu’elle ne réside pas réellement dans la personne de MM. Hollande et Valls, mais qu’elle est la res publica, la chose publique, incarnée seulement dans le peuple assemblé – et combien belle était-elle, cette République, sur la place qui porte son nom, mercredi soir ! Oh, c’est une chose fugace, je le sais bien : aussitôt vue, aussitôt repartie. Mais quel cinglant démenti pour tous les pessimistes, tous les aigris, toutes les petites personnes, tous les Zemmour de droite et ceux de gauche, il y en a aussi, les nihilistes mous, qui voudraient tant que les Français soient un peuple de veaux, dévoré d’égoïsme minable et de petite haine raciste à deux francs. Comme eux.

Tranquillement, dignement, « le peuple » les a bien envoyé se faire voir.

Spontanément, c’est sa réaction de ces derniers jours qui nous montre la voie à suivre pour sortir dans la dignité du drame terrible que nous avons vécu : que la belle devise de la République ne doit pas rester une devise morte au fronton de nos mairies, mais que c’est à chacun de la faire vivre dans sa tête et dans son cœur.

Face à la haine, il faut répondre par la fraternité, face à l’ignorance, répondre par la compréhension, face à l’intolérance, répondre par la compassion.

C’est-à-dire qu’il faut refuser la tentation sécuritaire à l’Américaine : non, nous n’avons pas besoin de plus de policiers, de plus de gendarmes. Peu de pays dans le monde, je pense, peuvent se permettre de déployer 90.000 hommes pour capturer trois hommes. Il aura quand même fallu deux jours. Aucun supplément d’uniformes n’y changera rien. Nous n’avons pas besoin non plus de nouvelles lois répressives et sécuritaires, un Patriot Act à l’Américaine. Par pitié, nous valons mieux que Georges W. Bush !

C’est-à-dire aussi qu’il va falloir engager un débat citoyen d’ampleur sur la place que nous réservons aux citoyens d’origine musulmane en France, sur l’exclusion sociale et professionnelle dont souffrent les plus jeunes, les plus vulnérables, sur le racisme décomplexé que certaines élites politiques et médiatiques expriment avec la certitude de ne jamais être repris. Ainsi, Eric Zemmour peut-il dire, le plus naturellement du monde, que si les français d’origine musulmane vivent en groupe dans des citées à l’extérieur des villes, c’est pour mieux refuser le modèle républicain, mais oui ma bonne dame, et d’ailleurs, si le Maréchal a donné les juifs étrangers aux nazis c’est pour protéger les colonies françaises et nos juifs à nous, c’est bien connu. Et personne ne reprend Zemmour, à part Mélenchon par-ci, un chercheur par-là. Personne pour dire que s’ils sont là bas, ce n’est évidemment pas de leur faute, mais celle de la France. C’est l’Etat – et les propriétaires fonciers privés des centres-villes, et les gens qui ne veulent voulaient pas avoir « d’arabes dans le quartier, vous comprenez, avec ce qu’on dit » – qui a mis ces populations économiquement fragiles aux marges de la ville, comme toujours avec ces populations ! En 1860, dans les Misérables, Victor Hugo écrivait des pages proprement terrifiantes sur les Provencaux, les Auvergnats, les chemineaux « pleins de misère et de vice » (op. cit) qui rôdaient dans les faubourgs de Paris la nuit, en 1958, Louis Chevalier prouvait de manière éclatante (1) comment les conditions socio-économiques déterminent la délinquance dans les classes populaires, en 2014, les mêmes thèses naturalistes éculées nous sont servies comme si on avait rien appris depuis.

L’exclusion sociale, économique, politique d’une catégorie de citoyens se traduit par son exclusion géographique, aux marges de la ville, dans les citées. Aux marges de la société, dans l’abstention et le refus de participer aux élections. Aux marges de l’économie libérale, dans la petite délinquance. Petite délinquance qui les entraînera forcément à découvrir les bras accueillants de la République sous la forme d’une comparution immédiate à la 23ème chambre, suivie d’un séjour allant de six mois à deux ans (ou plus) dans une prison random, d’où il ressortira probablement nanti d’un riche carnet de cheiks. Faute d’un renouvellement de fond en comble de notre prise en compte de cette délinquance de l’exclusion et de la misère, ce n’est pas demain la veille qu’on arrêtera de craindre le bruit de la kalach.

Ah, et puis il ne faut pas écouter Marine Le Pen.

Et puis, j’aurais bien aimé que la manifestation de Paris du 11 ne se transforme pas en farce. On prétend faire (2) défiler les Français pour la liberté de la presse ? Vraiment ?

Derrière Nicolas Sarkozy, qui a fait espionner MM. Davet et Lhomme lors de l’affaire des fadettes ? Arrêté chez lui le rédacteur en chef de Libération pour cause d’article défavorable ? A fait pression sur son ami Bouygues pour avoir la tête de Patrick Poivre d’Avor, pour cause de lèse-taille de sa majesté ?

Derrière le représentant de l’état turc, célébré dans le monde entier pour sa pratique sévère mais juste de l’emprisonnement politique des journalistes un peu trop remuants ?

Derrière M. Orban, digne démocrate attaché aux valeurs de la République ?

Derrière le représentant des Emirats Arabes Unis, fameux pour leur liberté de la presse et leur pratique sensible de la tolérance religieuse ?

Moui, non merci, si c’est pour nous refaire le coup de la guerre à la Terreur, ça sera sans moi.

Amadev.

(1) Classes laborieuses, classes dangereuses, à Paris dans la première moitié du 19ème siècle, Louis Chevalier, 1958. Ouvrage de petite taille mais dense, il peut être utilisé avec profit contre l’éventuel oncle raciste* qui trouve que « Marine, quand même, elle dit pas que des conneries », aussi bien que contre le cousin d’extrême-gauche (il a une barbichette et un t-shirt Che Guevara) qui dit que « jamais une population n’a été aussi stigmatisée auparavant #étatfasciste #toussepourris ».

*Je n’ai pas d’oncle raciste, mais c’est le cliché convenu.

(2) déjà, ça commence mal.

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Drame de Sivens : quelles leçons en tirer ?

Le tragique destin du jeune Rémi Fraisse, tombé sur le site du barrage de Sivens, dans le Tarn, éclaire sous un jour cruel l’incapacité des élites françaises à comprendre intellectuellement les aspirations et les inquiétudes d’une part non négligeable de la société française, telles qu’exprimées par le phénomène des « zones à défendre », les ZAD.

Une seule ZAD, Notre-Dame-des-Landes, c’était un événement, trois, un sujet. Quand on arrive à cinquante, comme actuellement, c’est un phénomène au sens hégélien du terme : nous sommes rendus face à la cristallisation d’un mouvement de fond, d’autant plus puissant qu’il semble apparaître soudain des limbes de l’internet (1), à la lueur brute des projecteurs médiatiques soudain braqués de nouveau sur cette partie de la France qui avance sur un chemin qui n’est pas d’asphalte.

Et cette lumière médiatique, d’autant plus puissante qu’on ne s’embarrasse pas de nuances sur un format de 2 »5, coco, simplifie-moi tout ça, éclaire d’autant plus cruellement les incroyables carences de la classe politique « de gouvernement » (c’est-à-dire, entendons-nous, ceux que le système politique bien particulier de la Cinquième autorise à gouverner) quant il faut penser, entendre, et encore plus répondre à la question des Zad.

C’est ainsi M. Carcenac, le président PS du CG du Tarn, répliquer en notable de province sûr de son bon droit et agacé de tout ces parisiens qui viennent lui chier dans les bottes depuis deux jours qu’il est « stupide et bête » de mourir pour des idées, oubliant au passage que Rémi n’était peut-être pas Enjolras – qu’il n’avait pas choisi de mourir, et qu’en France, en 2014, manifestant, fus-ce contre la police, il n’avait légitimement pas à le craindre.

C’est aussi cette terrifiante prestation à Ce Soir ou Jamais, où l’on sent, où l’on touche réellement à quel point ils ne comprennent pas. Mathieu Burnel parle bien, il dit des choses vraies, il dit des choses fortes, il dit des choses éventuellement contestables, mais l’aréopage en face de lui, qui représente grosso modo tout l’éventail de gens auto-référencés comme « sérieux », de la droite faussement pâté-pinard à la gauche PS, ne l’écoute pas, ne le comprend pas, ne réfléchi même pas à ce qui lui dit. C’est incroyable, vraiment : à peine a-t-il tant bien que mal fini son ardente argumentation, qu’on voit Corinne Lepage et Pascal Bruckner repartir exactement du même point qu’avant. Mais exactement ; comme si rien ne c’était produit. C’était le démarrage en côte de la pensée toute faite, on entendait littéralement grincer leurs vitesses intellectuelles pour revenir à l’allure normale, convenue, et totalement hors sujet du débat. En toute honnêteté,j’ai été absolument glacé par cette vidéo, et surtout par le vide, le néant absolu qu’exprimait ce ricanement de connivence et d’incompréhension qui échappait involontairement des personnes présentes.

Cependant, je ne suis pas certain de suivre Mathieu Burnel lorsqu’il dit que l’insurrection vient, qu’elle est là, même. J’incline d’ailleurs à penser que la révolution – la vraie, ce glaive flamboyant du peuple devant lequel tout plie – ne vient jamais quand on l’attend, encore moins quand on l’appelle. Et quand elle surgit, si elle surgit, c’est toujours pour des motifs qui lui sont propres, c’est une vague, un tsunami, qui balaie d’abord les « avants-gardes » autoproclamées et autres révolutionnaires à plein temps qui croient l’invoquer en jetant des pierres sur la police ; c’est là vaste plaisanterie.

Pour ce que vaut mon opinion, c’est-à-dire pas grand chose, je crois que nous sommes en réalité là en face d’un conflit de génération. Cela paraît peu, mais c’est vaste et profond. Pour autant, il reste circonscrit à ce que la France a pu connaître -et surmonter- précédemment ; chaque génération a ses lignes rouges, ses zones à défendre à elle ; en 1968, c’était l’écrasement du carcan moral conservateur au profit de l’idéal social libéral, en 2014, la ligne rouge, c’est notre mode de vie. Le refus profond, viscéral, qui anime cette résistance, c’est peut-être bien la prise de conscience que nous sommes dans un monde fini, aux ressources déterminées, et que ce que nous détruisons, nous ne le retrouveront plus, jamais. L’avantage, c’est que les révolutions avortent souvent, alors que les jeunes gagnent toujours les conflits de génération : ils n’ont souvent qu’a attendre un peu.

Ce qui est frappant, à mon sens, c’est de constater que tous ces mouvements, ces Zad, ne sont pas des épiphénomènes fugaces. Si on se penche sur le phénomène, on voit des installations qui à la fois très nouvelles dans la forme et très anciennes dans la fonction, qui remontent pour l’idéologie aux temps presque oubliés du socialisme, qui relèvent presque inconsciemment d’un idéal finalement très rousseauiste, et qui durent, en dépit de leur précarité, depuis plus de deux ans pour la majeure partie !

Quand on voit ça, on comprend qu’on ne peut pas être face à une poignée d’anarcho-dépressifs persuadés d’ouvrir le chemin à la grande révolution contre l’état fasciste ; ce discours gouvernemental (et largement repris médiatiquement, cf. le Monde) ne peut tenir face aux faits tangibles de cette mobilisation à l’échelle nationale : qu’on se rende compte : à quelques exceptions, les Zad semblent épouser le contours des « grands chantiers » du Sarkozysme keynésien, lancés en 2010 pour relancer la croissance, avec le succès que l’on sait. Ce n’est pas un hasard ; à mon sens, ce à quoi nous assistons actuellement, c’est à la prise de conscience diffuse, mais générale, que nous sommes à la croisée des chemins, à la séparations des eaux.

Ce qui est remarquable, c’est que les élites restent férocement accrochées au vieux modèle, productiviste, bâti en force et sans finesse, celui de l’homme maître et possesseur de la nature, celui de la croissance éternelle, infinie, qui seule valide et légitime le modèle en vigueur. On admirera d’ailleurs les paradoxes profonds de l’idéologie libérale et capitaliste, qui conspue l’État, mais cherche avidement son soutien au premier danger, qui vilipende la dette, mais vit à crédit à raison de deux planètes et demi par an, qui craint le peuple, qui le méprise, mais qui n’existe que par lui. Il est vrai que le libéralisme, le capitalisme disposent, en matière sociale, d’une remarquable plasticité ; c’est ce qui rend cette idéologie si efficace : qu’importe, au fond, ce que lui impose le peuple, tant qu’il consomme. D’où son incroyable résilience face aux crises sociétales. Pour autant, l’idée écologique est tellement en contradiction avec l’idée de croissance, de marge, qu’il me semble qu’un espoir puisse se nicher là, et, pour partie, demeurer dans les Zad…

Reste que du côté de nos dirigeants, cette prise de conscience est encore loin, le réflexe répressif immédiat : « mais qui sont ces hippies qui nous résistent ? ». Que la nature puisse être en elle-même un motif digne de préservation, une source de richesse, et, en définitive, la voie de notre prospérité future est une chose de plus en plus évidente pour nombre de la jeune génération, mais totalement incomprise par les représentants du pouvoir (quel que soit la forme du pouvoir). De là la crise actuelle.

Il est vrai que lorsque l’on a plus le temps de lire, on n’a plus celui de penser.

Amadev

(1) Tout le monde ne lit pas Reporterre, et tout le monde a bien tort.

Après « Massacre la poésie française » : « Saccage la musique de ton pays »

De briques en ruelles d’escaliers en caniveaux
De l’automne qui s’en va à l’hiver et ses glaçons
De tout ce que j’ai bu à ce que j’ai fumé
Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
Mon IEP !

Sous la grande pluie qui courbe nos existences
Des alcools du Poste à ceux du MacEwan’s
Quelque chose dans la bière à cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma soif plus grande
Mon IEP !

Cette bière de garde au-delà de notre Cité
Aux paliens étrangers donnaient le vertige
Dont aujourd’hui vous usurpez le prestige
Toujours il répond du nom de Vladimir Sierpe
Mon IEP !

Celui du vieil Hasting tonnant de son exil
Des étudiants de 5A trimant dans l’Usine
Celui qui paya de sa poche vos hermines
Celui dont M. Delepierre dit « Qu’on le fusille » !
Mon IEP !

Anaïs tient le monde Dubout de sa palette
Des pages de l’Apostrophes s’élèvent des colombes
Ils n’en finissent pas, tes journalistes prophètes,
De dire qu’il est temps que le néolibéralisme succombe !
Mon IEP !

Nos voix se multiplient pour n’en faire plus qu’une
Celui qui paye toujours vos 1ères classes, vos erreurs
En remplissant l’ANPE, le Pôle Emploi des communes,
Que je chante à jamais celui des étudiants de cette heure,
Mon IEP !

Celui qui ne possède en euros que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée les présentations les exposés
Du tract que l’on fait le soir, le dimanche au matin
A l’Affranchi qu’on colle au mur le lendemain,
Mon IEP

Qu’il remonte du bar qu’il sorte de l’Amphi !
Celui qui chante en nous, le rouge, le rebelle,
Il tient l’avenir entre ses mains de gauchiste,
Ceux de la première à la huitième chandelle
Mon IEP !

Des Roms, des fourches et de la bière…

Salut à toi, petit lecteur curieux ! Je reprend sur le TESGC dans quelques instants, mais d’abord, un petit apparté en mode « Euh, what il est le fuque ? » sur cette histoire de camps de Roms expulsés manu militari par les habitants d’une cité de Marseille. Bon, soyons franc, je reste prudent sur le sujet, essentiellement parce que l’information est à priori la même dépêche AFP qui tourne en rond sur les ondes depuis ce matin. Si je vais tâcher de ne pas verser dans un jugement moral apriori qui n’aurait aucun sens, je vais quand même, parce que je suis comme ça, chafouin, soulever une ou deux questions qui m’interpellent un peu sur les bords. D’abord, les habitants ont eux-même « expulsés« , « chassé« , « fais fuir« , voire « repoussé » les malheureux habitants d’un camp de Roms qui créchait du coté de leur cité, et auquel était imputé une dégradation visible des conditions d’hygiène et de vie dans le quartier, ainsi que de nombreux actes de petite délinquances, dont on imagine bien, pour des populations modestes à quel point cela peut être contraignant et dur à vivre. Outre cette expulsion à priori « pacifique », « les habitants » auraient benoîtement « mis le feu » au campement, une fois ses occupants enfuis. Euh, moi, je sais pas vous, mais quand j’y pense, c’est plus fort que moi : j’ai en tête l’image d’une foule de type « BURN THE WITCH!« , avec force fourches, torches enflammées et exclamations rurales mais bucoliques qui sort du village en gueulant.

Cela étant posé, les Roms sont partis, comme ça, azy, total respect man, parce qu’on leur a gentiment demandé ? Je veux bien croire qu’il s’agisse d’une population qui, dans son pays d’origine (la Roumanie) a l’habitude d’être mis au ban de la société, voire poursuivie par de sympathiques brigades néo-nazie qui prennent un malin plaisir à les tabasser ou à les tuer selon l’humeur du moment (et ce, avec la complicité plus ou moins grande des institution de l’État local, même si ni l’Onu ni Viviane Reding ne s’en offusquent autant que de l’intervention d’une demi-brigade de CRS en France, l’Europe est décidément bien faite) mais quand même… je m’interroge un peu sur la valeur donnée de « pacifisme » nécessaire. Sans préjugé des habitants, le contexte pourrait laisser penser par exemple à l’intervention d’une bande de dealers munie d’AK-47 débarquée de sa cage d’escalier par ras-le-bol de ces présences qui attiraient peut-être la police et nuisait à leur commerce. Et même, si on considère qu’il s’agit bien d’une association de riverains excédés, bons citoyens, et un peu portés sur la torche, qu’auraient-ils fait si, en réponse à leurs demande « pacifique », les roms avaient opposés un « niet » velu ? La situation se serait-elle réglée à coup de fourche dans la margoulette ou ils seraient tous rentré faire une partie de tarot en buvant du pastis (1) ?

Deuxième grosse question : la police était selon les premiers témoignage présente sur place. Elle n’est pas intervenue devant « la résorbtion amiable et pacifique du contentieux« , et n’a pas non plus trouver matière à agir, aucune infraction n’ayant été constatée selon elle. De la part d’un corps de métier qui fait une partie de son beurre grâce au fait qu’il n’est guère possible de ne commettre aucune infraction à aucune loi autrement qu’en restant 24h sur 24h enfermé dans une cave obscure (3), c’est assez surprenant. Je suis presque sûr qu’il n’est pas autorisé en France de faire un feu de joie avec les possessions matérielles d’autrui, fus-ce-t-il un Rom, et donc un citoyen (européen) de ixième zone. Je suis par contre certain qu’en aucun cas la loi française ne permet à une association de citoyen de prendre en main l’expulsion d’un groupe de Roms (ou de prendre en main toute pérogative du pouvoir judiciaire). Ce n’est pas parce que le juge rend une justice au nom du Peuple Français que le peuple français est autorisé à exercer le dit pouvoir judiciaire tout seul. Un peu comme le politicien. Il vote et gouverne au nom du Peuple Français, c’est pas pour autant qu’Hubert Dupont est autorisé à ouvrir son claque-merde en pleine assemblée nationale, il faut avoir été élu pour avoir ce privilège (4).

Je vais essayer de trouver ultérieurement les textes de loi qui régulent les procédures d’expulsions (je crois que le terme exact est « mesures d’éloignement », puisqu’on ne peut pas vraiment expulser un membre de l’Union Européenne et qu’expulsion à coup de pied au cul, ça fait pas très politiquement correct), mais à priori ça doit être soit de la compétence du Préfet local (donc une décision administrative) soit de celle d’un juge (transmise au préfet dans ce cas, qui de toute façon met en oeuvre « la mesure d’éloignement ») saisi d’une plainte. Merci Service-public.fr !! 🙂 Voilà, c’était mes questions chafouines. On verra bien ce qu’il en sortira une fois qu’une dose de journalistes seront venus mettre leurs gros sabots à clous dans les plates-bandes locales.

(Pour les fous furieux que cela intéresse : http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=EB003BBD4EB3ABAF8869231CE7F65CEA.tpdjo06v_3?cidTexte=LEGITEXT000006070158&dateTexte=20120928 . Livre V et sections suivantes. Merci, Légifrance.fr !!)

Cordialement (j’ai pas oublié le TESGC), Amadev.

(1) Attention : ceci n’est pas un cliché.J’aime bien jouer au tarot (et boire du pastis aussi ^^)

(2) Est-ce à dire que dans le cas d’un règlement non pacifique de la chose, elle aurait bougé ? Et dans quel but ? Pour séparer les belligérants éventuels (et par le fait expulser les Roms pour agression ?)

(3) Regardez Natacha Kampuch. 24 ans et aucune contravention !

(4) et si nos dignes représentants nationaux sont les plus méritants des membres de notre belle communauté nationale, je m’inquiète un peu à l’idée que Nadine M. Jean-François C. ou Gilbert C. puissent être compris dans cette acception qui me semble du coup un brin douteuse.

To be in or not ? Le problème Vert.

Enfer et damnation ! 

Rien ne va plus, l’apocralypse écologiste est sur nous, le 21 décembre en avance, l’élection de JFC avant l’heure, la mort d’Aragorn dans la Fraternité de l’Anneau. Imaginez un peu, le congrès national des Verts a décidé, par moult voix contre fort peu, de ne pas voter le fameux Traité Européen. HIIIIIIIII. Le tocsin sonne dans les campagnes, les loups sont entrés dans Paris, et pire, oui, PIRE !! Daniel Cohn-Bendit est parti du Parti tout rouge colère, même qu’il a claqué la porte bien fort en sortant ; c’est décidé, Dany-le-rouge n’a plus rien à faire dans ce parti, qui n’a plus qu’à se débrouiller sans lui, au moins jusqu’à ce que le dernier journaliste soit parti voir ailleurs.  

Plus fort que les caricatures de Charlie Hebdo (1), plus merliflue que les cancers liés aux OGM transgéniques qui brillent dans le noir, la politique interne d’Europe-Écologie Les Verts semble avoir plongé la classe politique et médiatique dans l’égarement le plus complet, l’argumentation s’articulant en substance comme suit : 1) hein ? Quoi ??! 2) ooohhh ! 3) haaaaan les ‘béciles !! Démission ! 

L’affaire est si grave que le Monde en personne s’est fendu d’un éditorial des plus comminatoire, très mode Dieu-le-Père, et très « fressnozien » dans l’esprit (2), en direction des vilains chenapans qui ne veulent même pas quitter le gouvernement. Par ailleurs, moult commentateurs autorisés ont faits les gros yeux à propos du « manque de cohérence » du parti écologiste, de son « impudence », et surtout, de la nécessité nécessaire pour Cécile Duflot de démissionner, et pour cause : d’ici qu’elle prenne un peu trop d’importance avec son ministère de fou (3)… pour résumer un peu la tendance éditoriale et politique des derniers jours, « les Verts sont quand même un peu des cons« . 

… 

En temps normal, je ne suis pas le dernier, loin de là, à me rallier à cette hypothèse des plus raisonnables. Mais pas cette fois. 

Que reproche-t-on au Parti écologiste ? Le refus des ministres de démissionner ? Son rejet du « Traité Européen » Son incohérence ? Son manque de flair politique ?

Ridicule. C’est se tromper grossièrement sur la nature et les buts profonds du parti vert pomme que de croire qu’ils agissent en dépit de leur bon sens. En fait, la stratégie des verts est particulièrement maligne. J’incline même à penser que dans leur position, c’est probablement la seule qu’ils pouvaient suivre. 

Spoilons mes bons ! 

Observons d’abord que les ministres verts au gouvernement n’ont aucun rapport visible avec la décision du congrès de leur parti de ne pas voter (au parlement) en faveur le traité européen ; EELV ayant pour le coup privilégié la voie militante plutôt que d’en passer par les arbitrages directs entre députés. Et je ne suis rien moins que certain qu’au Parti Socialiste, tous les politiques qui crient au scandale auraient pris un tel risque avec leurs propres militants ; je suis même très loin d’être convaincu que, si on lui posait la question, même de loin, le militant socialiste de base se montrerait aussi pressé de signer le traité que son député semble l’être à l’entendre.  

Évidemment, EELV a pris ce risque sciemment : je ne suis pas assez candide pour croire, la bouche en coeur, que les députés verts fraîchement élus se sont soudain mis à faire de la démocratie dans un cas aussi sensible parce que c’est écrit dans les statuts et que JV Placé est un grand amoureux du mandat impératif, là, d’un coup. C’est bien parce qu’ils avaient parfaitement anticipé le rejet qu’EELV a pris le risque : vox populi, vox dei, hein, désolé vieux, on aurait bien voulu voter avec vous, t’sais, mais les électeurs, hein, ce sont de grands enfants

Un coup parfaitement calibré : le Traité Européen, dont les implications, économiques, politiques, et idéologiques en font un cheval de Troie sans équivalent depuis la fin du Plan Marshall (mais en moins généreux), ne sera même pas débattu. Après tout, il ne s’agit que d’accepter quelque chose à peu prêt aussi contraignant qu’une modification constitutionnelle, il serait ballot, avouez, que le peuple, théoriquement vaguement souverain, ai le droit d’ouvrir sa gueule (on a bien vu ce que ça a donné en 2005) ou même d’avoir droit à une vague explication à propos de ce qu’est effectivement le TESGC (ça ne veut pas dire à vos souhait en tchèque…) et surtout ce qu’il implique. Toute ces petites choses, les français vont avoir la chance de les découvrir à la dure durant ces quatre prochaines années, et, à la prochaine échéance présidentielle, risquent fort d’avoir l’air un peu grognon une fois qu’ils se seront rendus compte qu’on leur a bien fait à l’envers. Politiquement, le TESGC, ça a tout du suicide politique assez crade d’ici quelques années. Pour les Verts, qui entendent faire semblant d’être indépendants du PS (lol) et avoir un brevet de gauchisme toto, histoire de pas se faire bouffer par le Parti de Gauche, mieux vaut éviter d’y être relié, c’est bien compréhensible.

D’autant que de toute manière, le vote de la loi organique ne nécessite en fait pas le renfort des Verts (ouf) ; entre l’UMP, le Centre-Droit et le PS, il y a largement assez d’hommes d’appareil disciplinés pour voter largement la loi. En confirmant au passage aux yeux des Français qu’UMPS, il advint bien souvent qu’il y ait, pour le plus grand bonheur de JeanMarine. Notez bien que il n’y en serait pas allé de même avec le vote du budget qui transcrivera dans les faits les diktats du TESGC. Évidemment, pas question  d’une alliance naturelle entre la majorité et la minorité (on ne parlera pas d’opposition dans ce cas-là).. Heureusement, les Verts n’entendent pas du tout faire défaut au PS sur ce point là. Plus exactement, ils n’entendent absolument pas perdre leurs ministres : ils ont trahi dur et abandonné beaucoup de convictions pour en arriver là où ils sont, oh ! Courageux, mais pas téméraires, les Verts. 

Dans un prochain article, je vous parlerais entre deux rapports de stage des petites clauses taille 8 en bas du Traité qui ne doivent pas être si intéressantes que ça, vu que personne ou presque ne daigne en faire la mention. Un oubli malheureux j’en suis sûr. 🙂

Cordialement, 

Amadev (FR). 

(1) Où on doit un peu tirer la gueule. Si les seuls qui se mettent à baver de rage et à sauter sur place comme un poulpe affligé d’une rage de dent lorsqu’on fout Mahom’ à oilp en Une, c’est les politiques français (et Dany en tête, cet homme est un génie quand il s’agit de passer pour un flan, ne trouvez-vous pas ?), s’carrément plus du jeu. 

(2) C’est un peu comme se faire tabasser par un poisson rouge mort. Je sais pas si vous avez déjà expérimenté. 

(3) Le Ministère du Logement, tu peux just’ pas test’ tavu. 

La part des Anges

(The Angels’ share)

Il y a certains réalisateurs, c’est comme ça : on sait que l’on peut aller voir un de leurs films sans trop de risque parce que ça sera… eh bien, pas forcément génial, mais au moins très bien, parce que le talent du type est tel qu’il est quasiment impossible, à moins de le vouloir vraiment très très fort, qu’ils sortent un vrai navet, pas un de ces films tellement minables et nuls qu’ils atteindront fatalement la célébrité éternelle, comme Soldat Cyborg, mais plutôt de ceux qui ne méritent que de se faire kro’ par l’Odieux Connard, notre maître à tous.

Ils ne sont pas très nombreux, ces gens-là qui peuvent prétendre au génie : il y a Woody, Pedro Almodovar, Audiard, et puis le britannique, Ken Loach. Ah ! Ken Loach. Et puis son scénariste de malade, Paul Laverty – 1 génie + 1 génie ? Aie, des maths ! -. Anyway, j’vais pas vous prendre en traître : je suis un fan absolu de Loach, qui est pas loin d’être pour moi l’équivalent au cinéma de GRRM et de Rolf. Alors, quand j’ai appris que Kennie (oui, je l’appelle Kennie mais bon, j’ai téléchargé regardé tous ses films, alors hein ta bouche.) avait fait un nouveau film, et qu’en plus ça parlait d’écosse et d’alcool… Yiouhou !  Génial ! Faut dire que j’adore ça. L’Écosse, j’veux dire.

Le dernier film de Ken Loach est comme un verre de whisky ; puissant et ambré, à la fois rude et plaisant, avec une belle longueur en bouche, et des notes vives et puissantes de tourbe, de fumée, de bruyère et de rocaille, dans la brume épaisse des Highlands, où les moutons à tête noire broutent, où les monstres nagent dans les lochs (mot qui semble prouver une origine commune entre Lillois et Scots, et pas seulement parce que les hommes y portent souvent des vêtements féminins. « a’lôch’eud’byââire » est une locution courante au-dessus de Paris), bref, là où que je serais bien parti en vacances pendant deux semaines un jour.

Bref. Le film s’ouvre au coeur de l’Écosse – l’accent te met la puce à l’oreille -, dans la  banlieue de Glasgow, avec les ors rouges d’un tribunal de sa Grasseious Majesty, pourvue d’un juge à perruque (probablement pour cacher qu’il est roux, le perfide !) auquel on donne du My Lord dans un queen’s English qui fleure bon son Oxford. En face, des visages à la limite du Zolien, typique des fresques Loachistes ; des voix hésitantes au lourd et réjouissant accent écossais. Celui des petits thugs  (voyous) – Rhino, Mo, Jean-Patrick… – qui passent à la chaîne sans envergure, errant de peccadilles ineptes en vols pathétiques, et d’échecs en arrestations… et quels crimes (1) ! On rit dans ce tribunal des flagrants délits. Le simple énoncé des  »crimes » de la petite bande semble être une ode au courage sans faille des branques, jamais derniers pour faire, comme dirait Barthès, « une grosse connerie« , comme « envelopper la statue de la reine Victoria d’un drapeau écossais » ou faire preuve de lambinerie délictueuse… Sauf que l’un d’eux, Robbie – Robert, comme The Bruce – a pourtant frôlé la catastrophe ; une bagarre sous l’influence de la drogue a couté un œil à sa victime.

L’ombre de la prison rôde, le cycle infernal de la violence et de la haine de soi et des autres : le jeune homme se recroqueville sous ses cicatrices – visibles ou non. Il y a de la peur, de la violence, dans son regard d’enfant traqué.

De gauche à droite : Mo, kleptomane ratée dans le civil, Rhino, boulet officiel, Robbie, chef de bande, et Jean-Robert, vu que son surnom m’échappe.

Mais l’enfant a une compagne, Leonie, dont il va avoir un enfant dans quelques jours. Il évite la prison : pour lui et les autres, ça sera les travaux d’intérêt général. La suite est évidente, presque convenue : le jeune ‘’à la dérive’’ qui rencontre une belle âme (en l’occurrence, Harry, grand amateur d’orge distillé) qui l’amènera sur le chemin d’une certaine rédemption, au travers de la dégustation du breuvage écossais par excellence, celui qui se boit de préférence à 16 ans d’âge. Et le jeune Robbie, lui que l’on considère comme un éternel raté, de se découvrir soudain un talent : il a un palais et un nez d’exception pour le whisky, digne d’un  grand  »gaich », qui est à la liqueur calédoniénne ce que l’oenologue est au vin, capable de reconnaître la marque et l’âge (voire le chêne du fût) dans lequel a muri le précieux breuvage.

La grande maîtrise de Ken Loach apparaît clairement lorsqu’il s’empare d’un thème pourtant revisité mille fois, et qu’il le transcende (sans quand même le renouveller, faut pas trop en demander, l’exercice frise l’impossible) par son humour malicieux et ses scènes poignantes. On rit, on s’émeut, on vibre en communion avec cette bande de gentils loosers qui découvre le whisky et certaines des … disons… opportunités plus ou moins légales qu’un malt des plus rares et précieux peut offrir à qui est décidé. Nec plus ultra de la chose, on profite aussi un peu de (trop rares) paysages écossais – on aurait sacrément tort de se priver, car ce pays est magnifique.

En signant la Part des Anges, du nom donnée à cette petite partie de l’alcool qui s’évapore naturellement hors des fûts de fermentations pour se perdre dans les airs, Loach livre là un nouveau grand film, où le réalisme social du maître pétille de malice et d’humour, sans une trace de tristesse ou de désespoir. Un film à voir absolument, de préférence avec un bon scotch en main.

The Angels’ Share, Comédie dramatique (2) (1h41) de Ken Loach, avec Paul Brannigan, John Henshaw et Gary Maitland. En salle depuis le 27 juin.

(1) Ne pas voir The Angels’ Share en VO n’est pas qu’une faute de goût, c’est aussi le plus sûr moyen de perdre  la moitié du charme de ce film.

(2) n’ayez pas peur, il n’y a rien de dramatique dedans.

For the Blogue is dark – and full of terrors.

‘sup, gentil lecteur, gentille lectrice ? Moi perso, ça va : depuis deux semaines, ma respiration est beaucoup moins gênée par de vagues relents de gaz lacrymogènes, le poivre s’est retrouvé à sa place normale, c’est-à-dire sur mon steak, lequel d’ailleurs ne devient pas gris avec des tâches vertes (franchement suspectes) quand je le met à cuire, ce qui achève de prouver que je suis bel et bien retourné en Europe, qui plus est, en France. J’entre désormais dans les magasins le pas fier et l’air conquérant, sachant que le Monde me coûtera bien 1.50€ et que, merci, merci, par Thor, Odin et Freya (elle est cool, Freya), le prix indiqué sera le prix réel. Hahaha.

Pas de taxes ! Pas de pourboire ! Rendez-vous compte ! Les vrais prix ! Internet illimité !! Un gouvernement socialiste !!! Le décret du 31 mai 2011 annulé ! Un président que le monde entier nous envie, sauf les américains qui pensent que c’est un socialo-communiste ! Du pain ! Bons dieux, du VRAI pain ! Avec une croûte et de la mie ! Et du vin, du vrai vin qui se boit ! Avec de la bouffe qui se mange ! Et puis surtout, oui, surtout, oui, de la Culture ! OH OUI. Des films, du théâtre, de l’opéra !! HAN. Et en plus mon caisson de basse. Ach, c’est trop de bonheur. Sérieux, c’est inhumain de vivre à 7000 km de la plus proche blanquette de veau. Tu m’étonne que les Canadiens soient des malades frustrés qui parlent anglais et vénèrent une vieille. Dans l’avion pour la maison, la musique dans mes oreilles, ça envoyait du cliché.

Trenet, c’est notre Charlebois à nous, t’vois.

Mais que le Québec ne désespère pas, que l’on ne pleure pas le long du Saint-Laurent, de Gaspé à Rimouski, de Chicoutimi à Québec, et de Trois-Rivière au Saguenay-Lac-Saint-Jean, car, oui, un jour, je reviendrais, figure-toi, à Montréal (mais juste à Montréal, hein plus jamais que je met les pieds à Toronto de ma vie, c’est juré !). Allez, hop, encore un peu de cliché, les enfants ?

Mais bon, c’est pas tout ça, mais quand même, venons-en au propos de ce charmant article. Vois-tu, petit malin, c’est pas pour rien que Paris est la plus belle ville du Monde ever qui te met la misère à Rome et prend Venise et Berlin d’une seule main, c’est surtout parce qu’ici, tu as un cinéma par habitant, deux libraires d’occasion (ah, le prix unique du livre ! D’jack, je t’aime tu sais – Lang, hein, pas Daniels, je ne suis pas Pipo ^^), un Opéra pour dix mille et des théâtres comme s’il en pleuvait. Quelle meilleure occasion pour introduire ma nouvelle chronique régulière : les Snobinarderies culturelles d’Amadev ? 

Limite, c’est tout ce que j’ai trouvé pour continuer ce blog : non seulement le Québec, c’est difficile d’en parler maintenant que che suit revenu dans mon doux Paris, cité de rêve, de joie et de pintes de broue à huit euros (non, ça j’aime pas, vivement Lille), mais en plus question blog politique (enfin, stalino-politique), le gouvernement Ayrault est tristement dépourvu d’intérêt pour moi. La seule chose que je peux écrire, c’est euh, ben, okay, bravo, keep going. J’veux dire, même l’UMP, on sent bien que ça patauge question critique : à part le jean de Duflant (dont objectivement on se tamponne la nouille avec des pantoufles puissance dix), on voit que ça galère du coté de la cellule riposte. Petit bonus à François le Fillon, qui trouve le moyen de s’interroger sur l’éventuelle dégradation de la France… le jour où les taux à dix ans deviennent stable au meilleur taux depuis dix ans, c’est-à-dire depuis Jospin (1). Epic fail ! Éventuellement, je pourrais me gausser du Point et de l’Express, parce que depuis qu’Hollande est élu, les couv’ des journaux de la Réaction (2) sont juste priceless… Entre l’Express – UMP -(« Les Riches, comment vivent-ils sous la dictature socialisto-communiste ?« ) et le Point – The Economist en mal écrit – (« La France des Tire-aux-Flancs : Journalistes, Fonctionnaires, Étudiants et Professeurs« ), on s’amuse bien.

Soyons impartiaux : on peut aussi rigoler devant les articles joyeux du Nouvel Obs (PS) et de Marianne (Gauche républicaine, tendance Méluche), parce qu’on sent qu’ils ont un peu le même problème que moi : « Merde, c’est tout bon, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir dire ?? ». D’ailleurs, Libé essaye de se faire critique, mais bon, c’est comme le « Scandale » Zemmour, tout est tellement beau dans le meilleur des mondes que ça ne marche juste pas, en fait. Bref. Du coup, j’annonce : on me savait déjà suspect de bien des choses, il est temps que je rajoute un crime aux autres, histoire qu’on arrête de me qualifier de « classe bourgeoise intellectuelle supérieure » (celle qui a le droit de garder sa tête avec Mélenchon, ce qui est heureux vu qu’elle forme 85% des troupes du Parti de Gauche.) pour enfin avoir le droit à l’insulte suprême, celle de l’Abominable Bobo du Onzième.

MOUHAHAHAHA.

(à suivre…)

Bien à toi, amie lectrice et à toi aussi, ami lecteur. Brace yourself : Kultur Rundschau ist kommst. 

(1) : Quand on conteste la force de Progrès, ça s’appelle comment ? ^^

(2) : Détail cocasse, savez-vous pourquoi la droite ne parle jamais de la période 1997-2002 ? Parce que jamais l’économie Française ne s’est mieux portée que pendant ces cinq ans. Rappelons qu’en moins de 3 ans, Lionel Jospin a ramené notre biau pays au niveau nécessaire pour entrer dans l’euro.