A l’Ouest du Faubourg Saint-Honoré rien de nouveau

« Il faut que tout change pour que rien ne change« , selon le mot de Tancrede. La France post-sarkozyste est un exemple remarquable de la véracité du cynisme de Guiseppe (1). Tout a changé… et rien ne se passe.

Le Changement c’est main… bientôt.

Non, vraiment, en trois mois, il ne s’est quand même absolument rien passé, y compris dans le cadre de l’affaire PSA, qui ne représente jamais que 25 000 emplois (en France, on s’en fout des emplois perdus chez les autres). Bien entendu, à aucun moment je n’avais ne serais-ce que caressé l’espoir vain que François Hollande change le monde. Lui-même d’ailleurs ne le prétendais absolument pas, et c’est d’ailleurs avec une bonne fois taillée en mithril que les bataviens expliquent que le gouvernement applique à la lettre toutes ses promesses de campagne. Ben, du coup, oui. En même temps, il n’avait rien promis et annoncé en substance qu’il ne ferait pas grand chose à cause de 1) l’Europe 2) La dette, oh mon dieu, la detteeeeeee ! Vous me direz, entre promettre n’importe quoi comme Sarkozy, ou rien promettre du tout comme Hollande… la différence est faible. Enfin, si : rien ne se passe, mais au moins on a pas perdu de temps à faire semblant. Le quinquennat Sarkozy a été la chronique lamentable du renoncement successif à l’application de tous les projets de loi (2) censé concrétiser les promesses de campagnes, jusque et y compris à l’énorme dossier-enjeu de la Dépendance, aussi appelé « Il y a 20 millions de vieux, filons-leur un paquet de blé pour qu’ils votent bien ». En étant sympa, on dira que c’est une illustration de l’écrasement du volontarisme politique sur le rocher de la réalité. En étant réaliste, on conclura que sauver l’Europe du libéralisme en rajoutant encore plus dans le délire libéral, ça revient à vouloir sauver un mourant en lui tirant une balle dans la tête.

« La Commission européenne sauvant le peuple grec à coup de hache sous le regard de la Chine » – 2012- Huile sur toile – Angela Merkel

Il est à craindre désormais que le quinquennat Hollande se résume à une longue attente, les renoncements ayant tous été actés – et très clairement annoncés – avant même l’entrée en campagne du candidat Hollande. Il n’y a absolument rien de surprenant là-dedans, et il est aussi vain de crier à la trahison ; Hollande, et le parti socialiste en général, sont tous deux dans leur rôle, appliquant du mieux qu’ils peuvent leur doctrine sociale-libérale, pendant de l’ultra-libéralisme sarkozyste qui vise peu ou prou les mêmes choses : assurer l’ordre social établi, dans le but de laisser libre champ à ceux à qui profitent (massivement) de cet ordre pour s’en mettre plein les fouilles. La différence principale, c’est que le social-libéralisme considère qu’il vaut mieux donner un peu de miettes (quelques alloc’, un peu de respects, des droits…) au bon peuple pour qu’il reste calme plutôt qu’en lui foutant des coups de matraques dans la gueule, ce qui vise la même finalité, mais est plutôt dans les habitudes de l’ultra-libéralisme. En somme l’alternance, c’est la carotte et le bâton pour l’âne de la population : c’est la magie de l’alternance dans un système bipartisant (3), sur le modèle de l’Amérique ou de la France, donc.

En vérité, quand bien même Hollande voudrait sincèrement (et d’ailleurs, je le croit sincère) vaincre la crise, il en serait parfaitement incapable. Mais pas seulement, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, parce qu’il en est empêché par les règlements dictatoriaux et à la limite de la démence d’une Union Européenne sciemment construite de manière à en expurger toute trace, fus-t-elle microscopique de démocratie populaire (toujours trop prompte à ne pas considérer les deux faces du problème, comme le bon sens versus les petits cadeaux des lobbystes). ça, c’est un argument foireux. Certes, l’Angleterre est contre tout et l’Allemagne contre ce qui reste, mais ça laisse 25 petits camarades qui sentent passer le rasoir de la dette. En effet, de la même façon qu’un kremlinologue (4) ne pouvait concevoir un monde sans Union Soviétique, le gouvernement ne peut concevoir le monde qu’au travers de l’idéologie libérale – une idéologie d’autant plus forte que son principal titre de gloire est d’avoir fait croire à tout le monde qu’elle n’est pas du tout qu’allez vous croire ma bonne dame ! une idéologie comme une autre, mais rien moins que l’état normal de l’homme, comme la station bipède.

De là les ballottements tristounets d’Arnaud Montebourg, ministre affublé d’un ministère au nom marrant à défaut d’un budget et d’une administration efficace (5). Ben oui, c’est con, mais quand on est un état, y a deux moyens d’influer sur la politique économique de ses entreprises : 1) par le réglement, ce qui n’est pas toujours efficace pour les raisons évidentes que au bout de trois cents années de réglementations souvent contradictoires, ça s’annule dans tous les sens et que la modernisation du droit administratif arrivera probablement le même jour que le Ragnarok, et petit 2) par la prise de participation directe au conseil d’administration des entreprises, un système qui a fait les grandes heures des Trentes Glorieuses et du boom économique chinois (lequel applique avec succès les méthodes européennes des années 1860, soit dit en passant). Seulement, comme cette prise de participation (qui rapporte de l’argent à l’état, sacrilège) prive les ploutocrates (je ne vois pas quel autre nom leur donner) libéraux d’un confortable gâteau, et en plus pourrait les forcer à privilégier l’intérêt personnel d’eux-même à l’intérêt général de tous les Français, l’état s’est empressé de s’amputer de tous ces moyens d’actions efficace sur l’économie, sans oublier de s’ôter amoureusement la compétence sur le contrôle de sa propre dette. En bref, l’état a agi dans le contraire du simple bon sens économique et politique, et tant qu’il ne voudra pas revenir là-dessus, sera forcément vaincu dans la bataille (à fortiori sous Hollande, puisqu’il refuse de l’engager, la fameuse bataille).

En bref, rien ne sert de crier, il fallait voter plus tôt (c’était le passage « je vous l’avais bien dit » de cet article) : Hollande va sauver les meubles de son mieux, agira de façon globalement plus positives que son prédécesseur, et reconnaîtra même diverses évolutions de la société, comme par exemple le fait que désormais les homosexuels sont des êtres humains et qu’ils jouissent des mêmes droits et devoirs que leurs petits comparses, ce qui objectivement, n’intéressera que les intéressés et fera la grande joie du dernier carré de curetons (qui n’aiment rien tant que démontrer que la religion peut encore se rendre ridicule) et des laicards (qui vont pouvoir rebouffer du curé à la pelle grâce aux sénilités de monsieur Barbarin, évêques des Gaules.). Au moins, on va s’amuser un peu avant de couler. Bref, une petite pause avant la chute. Oui, ce billet est vaguement pessimiste, mais toute ma reconnaissance envers François Hollande pour avoir prolongé de cinq ans notre espérance de vie avant la Grecquisation  (n.f. : se dit d’un pays foutu dans la merde par des libéraux inconséquents qui revote pour ces-derniers de peur de s’en sortir d’une manière moins conforme au diktat germano-orthodoxe) ne peut suffire à me faire oublier qu’à chaque fois que les socialistes ne font rien lors d’une fermeture d’usine, on martèle aux oreilles du petit peuple que c’est la Gôche ne peut rien. Ben oui, c’est la gauche, merde ! Enfin, puisqu’ils le disent eux-même, les socialistes, qu’ils sont à gauche ! On ne va pas mettre en doute leur parole, hein, petits sacripants, ils doivent bien le savoir, où ils sont, et ils sont à Gauche, qu’on se le dise. Ils sont à gauche parce qu’ils le disent, et s’ils le disent, c’est bien parce qu’ils sont de gauche, non ? CQFD.

Bref : Gôche ne peut rien, Droate a déjà échoué. En somme, Pince-mi et Pince-moi sont dans un bateau, la crise les fout à l’eau, qu’est-ce qui reste ?

Bien cordialement, Amadev(fr) who is back.

(1) l’Auteur de ce Blog est l’un des rares êtres vivants à avoir fait une terminale L et a avoir voué un culte à di Lampedusa et à son fameux Il Gatopardo.

(2) Il serait fastidieux d’en dresser l’interminable liste, mais du Grenelle de l’Environnement jusqu’aux lois de censure (ou  loi « par ici le vote des arméniens« )

(3) Système bi-partisant. Système dans lequel seuls deux partis sont assez important par nature pour pouvoir prétendre gouverner, l’un chassant l’autre à chaque échéance, comme deux hamsters qui se courent après dans une roue. Par définition, chacun des deux partis étant assurés, moyennant un peu de patience de revenir tôt ou tard aux affaires, il serait suicidaire de sa part de détruire la roue (et tous les avantages confortables qui y affèrent), pour, par exemple, créer une vraie justice sociale.

(4) c’était ces journalistes occidentaux qui du temps de l’URSS étaient spécialisés dans l’étude de ce qui filtrait de l’enceinte du Kremlin (grosso modo, que dalle) pour prédire le jour de la fin du monde, d’après une savante triangulation entre le repas mangé par le Premier et le vol des Sukhoi dans le ciel. Leur inefficacité à prévoir la fin du monde fut confirmée une bonne fois pour toute en 89, pas un n’ayant pu imaginer un monde sans URSS, et donc sans boulot (pour eux).

(5) Ce qui n’est pas un oxymore pour moi.

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La part des Anges

(The Angels’ share)

Il y a certains réalisateurs, c’est comme ça : on sait que l’on peut aller voir un de leurs films sans trop de risque parce que ça sera… eh bien, pas forcément génial, mais au moins très bien, parce que le talent du type est tel qu’il est quasiment impossible, à moins de le vouloir vraiment très très fort, qu’ils sortent un vrai navet, pas un de ces films tellement minables et nuls qu’ils atteindront fatalement la célébrité éternelle, comme Soldat Cyborg, mais plutôt de ceux qui ne méritent que de se faire kro’ par l’Odieux Connard, notre maître à tous.

Ils ne sont pas très nombreux, ces gens-là qui peuvent prétendre au génie : il y a Woody, Pedro Almodovar, Audiard, et puis le britannique, Ken Loach. Ah ! Ken Loach. Et puis son scénariste de malade, Paul Laverty – 1 génie + 1 génie ? Aie, des maths ! -. Anyway, j’vais pas vous prendre en traître : je suis un fan absolu de Loach, qui est pas loin d’être pour moi l’équivalent au cinéma de GRRM et de Rolf. Alors, quand j’ai appris que Kennie (oui, je l’appelle Kennie mais bon, j’ai téléchargé regardé tous ses films, alors hein ta bouche.) avait fait un nouveau film, et qu’en plus ça parlait d’écosse et d’alcool… Yiouhou !  Génial ! Faut dire que j’adore ça. L’Écosse, j’veux dire.

Le dernier film de Ken Loach est comme un verre de whisky ; puissant et ambré, à la fois rude et plaisant, avec une belle longueur en bouche, et des notes vives et puissantes de tourbe, de fumée, de bruyère et de rocaille, dans la brume épaisse des Highlands, où les moutons à tête noire broutent, où les monstres nagent dans les lochs (mot qui semble prouver une origine commune entre Lillois et Scots, et pas seulement parce que les hommes y portent souvent des vêtements féminins. « a’lôch’eud’byââire » est une locution courante au-dessus de Paris), bref, là où que je serais bien parti en vacances pendant deux semaines un jour.

Bref. Le film s’ouvre au coeur de l’Écosse – l’accent te met la puce à l’oreille -, dans la  banlieue de Glasgow, avec les ors rouges d’un tribunal de sa Grasseious Majesty, pourvue d’un juge à perruque (probablement pour cacher qu’il est roux, le perfide !) auquel on donne du My Lord dans un queen’s English qui fleure bon son Oxford. En face, des visages à la limite du Zolien, typique des fresques Loachistes ; des voix hésitantes au lourd et réjouissant accent écossais. Celui des petits thugs  (voyous) – Rhino, Mo, Jean-Patrick… – qui passent à la chaîne sans envergure, errant de peccadilles ineptes en vols pathétiques, et d’échecs en arrestations… et quels crimes (1) ! On rit dans ce tribunal des flagrants délits. Le simple énoncé des  »crimes » de la petite bande semble être une ode au courage sans faille des branques, jamais derniers pour faire, comme dirait Barthès, « une grosse connerie« , comme « envelopper la statue de la reine Victoria d’un drapeau écossais » ou faire preuve de lambinerie délictueuse… Sauf que l’un d’eux, Robbie – Robert, comme The Bruce – a pourtant frôlé la catastrophe ; une bagarre sous l’influence de la drogue a couté un œil à sa victime.

L’ombre de la prison rôde, le cycle infernal de la violence et de la haine de soi et des autres : le jeune homme se recroqueville sous ses cicatrices – visibles ou non. Il y a de la peur, de la violence, dans son regard d’enfant traqué.

De gauche à droite : Mo, kleptomane ratée dans le civil, Rhino, boulet officiel, Robbie, chef de bande, et Jean-Robert, vu que son surnom m’échappe.

Mais l’enfant a une compagne, Leonie, dont il va avoir un enfant dans quelques jours. Il évite la prison : pour lui et les autres, ça sera les travaux d’intérêt général. La suite est évidente, presque convenue : le jeune ‘’à la dérive’’ qui rencontre une belle âme (en l’occurrence, Harry, grand amateur d’orge distillé) qui l’amènera sur le chemin d’une certaine rédemption, au travers de la dégustation du breuvage écossais par excellence, celui qui se boit de préférence à 16 ans d’âge. Et le jeune Robbie, lui que l’on considère comme un éternel raté, de se découvrir soudain un talent : il a un palais et un nez d’exception pour le whisky, digne d’un  grand  »gaich », qui est à la liqueur calédoniénne ce que l’oenologue est au vin, capable de reconnaître la marque et l’âge (voire le chêne du fût) dans lequel a muri le précieux breuvage.

La grande maîtrise de Ken Loach apparaît clairement lorsqu’il s’empare d’un thème pourtant revisité mille fois, et qu’il le transcende (sans quand même le renouveller, faut pas trop en demander, l’exercice frise l’impossible) par son humour malicieux et ses scènes poignantes. On rit, on s’émeut, on vibre en communion avec cette bande de gentils loosers qui découvre le whisky et certaines des … disons… opportunités plus ou moins légales qu’un malt des plus rares et précieux peut offrir à qui est décidé. Nec plus ultra de la chose, on profite aussi un peu de (trop rares) paysages écossais – on aurait sacrément tort de se priver, car ce pays est magnifique.

En signant la Part des Anges, du nom donnée à cette petite partie de l’alcool qui s’évapore naturellement hors des fûts de fermentations pour se perdre dans les airs, Loach livre là un nouveau grand film, où le réalisme social du maître pétille de malice et d’humour, sans une trace de tristesse ou de désespoir. Un film à voir absolument, de préférence avec un bon scotch en main.

The Angels’ Share, Comédie dramatique (2) (1h41) de Ken Loach, avec Paul Brannigan, John Henshaw et Gary Maitland. En salle depuis le 27 juin.

(1) Ne pas voir The Angels’ Share en VO n’est pas qu’une faute de goût, c’est aussi le plus sûr moyen de perdre  la moitié du charme de ce film.

(2) n’ayez pas peur, il n’y a rien de dramatique dedans.

UMPS ? U don’t say ?

C’était l’un – si ce n’est le – des thèmes majeurs de la campagne de notre Front national, l’argument principal sur lequel le parti des hauteurs de Saint-Cloud se basait pour se présenter comme la victime : la collusion UMPS.

Il parait que dans le temps les partis de gouvernement s’alliaient entre eux, tacitement, pour que des partis anti-républicains et antisémites n’entrent pas à l’Assemblée Nationale. On appelait ça le Front Républicain, puisque la République, par définition, ne se fonde pas sur une rhétorique qui vise à prouver que le problème, en fait, c’est surtout les autres, surtout s’ils sont franc-maçon, communistes ou juifs basanés et qu’ils prient pas comme nous. Le Front National n’aime pas beaucoup le « Front Républicain », en théorie parce que c’est rien qu’un argument moisi pour que les grands partis continuent à confisquer le pouvoir, en réalité surtout parce que si le Front s’appelle National, c’est parce qu’il n’a rien de Républicain. Et qu’il n’a pas compris grand chose non plus de ce qu’est la France. Nonobstant, je m’attendais, partout où la République est en danger, c’est-à-dire là où la peste noire s’est installée au deuxième tour, à ce que l’Union Sacrée prévale entre droite et gauche, unie dans la mystique républicaine qui va bien, parce que, credieu, c’est pas parce qu’on est de droite que l’on oublie d’où on vient et ce qu’il y a en face.

Ah ah ha ! Non, allez, sérieux. J’entendis Nadine Morano, ancienne ministre de la République (même si j’avoue que c’est un souvenir que nous voulons tous oublier, même à droite) nous dire – dans Minute –  » Bah ouais, Paulo, j’ai les mêmes valeurs que le Front National et vice-versa, et alors, ça t’défrise ? Et quoi, Paulo, c’est plus le temps d’faire ta duchesse, là, faut poser les couilles sur la table, sort ta queue et pisse un coup, voilà c’que j’en dis« , ce en quoi d’ailleurs elle se montra une nouvelle fois l’archétype le plus parfait du Sarkozysme historique : vulgarité, faute de français et opportunisme de péripatéticienne de la politique. La « droite décomplexée » ? Oui, y a un nom pour ça, c’est Extrême-droite. Qui est le mot poli pour d’un conservatisme réactionnaire aux cheveux ras, aux idées courtes et au mot d’ordre simple (Protéger le Libéralisme Servir le Patrimoine !) des plus classique dont l’Europe a pu s’enorgeuillir dès 33 (1). Suite à quoi Courage Fillon, ex-premier ministre au sourcil fourni et au gaullisme social, délivrait cette citation  -authentique (et déjà cultissime)- : « Mais oui, les valeurs des électeurs du FN sont les mêmes que celles de Mme. Morano. Les valeurs de Mme. Morano sont les mêmes que les miennes. Mais nos valeurs communes ne sont pas celles du FN. »… euuuh… ben, si, du coup ? ‘fin, tu viens de le dire quoi. Non, je veux dire, si valeur FN = valeur UMP alors valeur UMP = valeur FN.

Rendons ça plus clair.

Si par A on entend les valeurs des électeurs du FN, qui sont donc, par définition celles du FN, par B, on entend les valeurs de Nadine Morano, et par C, celles de Fillon, et donc de l’UMP, et que si A=B et que B=C alors A=C.

On appelle ça la relation de Chalses, et c’est l’unique formule mathématique que j’ai jamais fait l’effort de vaguement retenir de toute ma scolarité. Comme quoi, mon prof avait raison finalement, les maths c’est parfois utile dans la vie.

Dans le même temps, le sémillant Chassain, candidat malheureux à la députation dans le Gard annonçait de but en blanc son désistement en faveur de … la candidate FN pour faire battre la Gôche forcément socialo-communisssss’, mais quand même républicaine, manque de pot. Ce qui fait, que, j’ai beau chercher, et Marine Le Pen peut bien se faire mousser avec son espèce de ridicule « liste noire », on observe bien plus un phénomène UMPFN (ou FNUMP, vu que c’est l’UMP qui va au FN et non le FN à l’UMP) qu’une alliance UMPS. C’est Mongénéral qui doit kiffer sa race.

« Stu une joke, là ?!! »

La droite peut bien essayer de la dissimuler avec la discrétion d’un couteau dans le dos de Ségolène Royal (2), mais la politique « du ni-ni » – ni PS ni FN – ne consiste rien de moins à mettre sur le même plan le PS et le FN. Pourtant, à moins d’être gravement atteint, on ne peut ignorer qu’entre FN et PS il existe comme une petite marge dans l’infamie. Certes, modeste, je suppose, pour un esprit ump de base, mais quand même, enfin, c’est déjà grave de poser qu’entre des républicains de gauche et des xénophobes bornés (que normalement jamais vous leur parlez, hein, c’est bien ce que vous prétendez) il n’y a pas de différence. Ou alors… ou alors, il faut retourner le problème et considérer en fait que pour l’UMP, il n’y a désormais d’infamie à s’allier avec le FN, lequel serait en fait une espèce de « parti communiste de droite« , donc en gros,un allié naturel dans la guerre contre l’horreur gauchisto-sociale, idée qui est délicatement propagée à coup de bottes ferrées par les éditorialistes pré-UMPFN tels que les remarquables Eric (Zemmour) Ivan (Rioufol) et Elisabeth (Lévy) plus connus sous le nom du Club des Fols ; après tout, c’est la « bien-pensance » de la Gôche honnie et son « angélisme » criminel qui ont ostracisé un parti National-Républicain (the fuck ? oO), qui dit « pas que des choses fausses » -ma bonne dame-, qui « défend courageusement notre modèle social » -depuis Saint-Cloud, donc-, et qui en plus, ne s’attaque plus (ouvertement…) aux Juifs-complotistes-franc-maçon-sionisto-communistes (ce qui serait diabolique, méchant et nazi), mais aux musulmans islamistes-terroristes-venus-par-bateau-tuer-nos-enfants, ce qui n’est que d’un laïcisme bien républicain, même s’il interdit aux Pédés  homosexuels de se marier ensemble, et aux assassins avorteurs d’exercer leur métier, parce que c’est interdit par la Bible (qui n’est PAS un livre religieux du tout, figurez-vous). LOL.

Seulement, cette « dédiabolisation » du FN, c’est du bullshit, un discours de Jean Charest serait plus honnête ; c’est que, voyez-vous, le FN, comme tout ses petits camarades, n’en a en fait rien à carrer que la victime de sa haine soit l’immigré, le représentant d’une religion non catholique ou le patagon. J’ose même dire que les musulmans, l’islam, tu t’en bat la nouille avec une francisque. Un jour ou l’autre – comme tu n’arriveras probablement jamais à vraiment prendre le pouvoir chez nous, sauf invasion de l’Allemagne -, les mentalités auront changé comme elles changent toujours et plus personne d’autre -hormis que les éternels paumés de l’histoire que tu rassemble normalement- ne s’offusquera de ce que Momo mange son poulet hallal ; ou que Laurence et Gertrude puissent se marier et avoir beaucoup d’enfants, et tu arrêteras alors de nous casser les fumes avec ton islamophobie à la gomme. Mais je ne me fais pas de soucis, tu ne manqueras pas de trouver un nouveau groupe de bouc émissaire. L’important pour toi, ô mon ami réactionnaire conservateur au front bas, c’est juste de haïr. Tu t’en fout du resteL’objet de cette haine, limite, il s’en bat : la haine, l’exclusion, la dénonciation de l’Autre, c’est ce qui justifie son existence, et il n’existe que par elle, c’est son fond de commerce au final. Tu peux essayer de cacher ça, de transformer ton nom, de changer de victime, c’est inutile ; en définitive, ton but, cher Fn, c’est toujours de dénoncer autrui pour bloquer toute progression de la Gôche, ton seul, unique et véritable ennemi depuis que tu existe.

De là, il est excessivement peu surprenant que l’UMP s’allie avec le FN ; eux aussi, ils ont des petits problèmes avec la Gôche. D’ailleurs, convenons que les éditorialiste de la Drouate ont bien raison, d’un certain point de vue : dans le combat pour la défense de l’Argent de la doxa ultra-libérale, on peux penser, quand on pense comme eux, que le meilleur allié face au PS partageur et social (lol), c’est le Front National.  De là, il est normal de dénier à l’UMP le droit de représenter la droite républicaine (qui n’est donc pas la même que la droite parlementaire), celle qui ne pactise pas avec l’extrême-droite. De là aussi, on peut avoir un peu de compassion pour François Bayrou, qui paye pour avoir sauvé l’honneur de la droite – ce qui ne lui a pas valu un meilleur sort de la part du PS, mais voilà dix ans que les Socialistes attendent pour pouvoir se goinfrer à leur tour, c’est pas pour réagir plus intelligemment (3) que leurs prédécesseurs malchanceux. Et heureusement, d’ailleurs, parce que sinon, il n’y aurait plus d’alternance, avouez que ça serait ballot…

Bien cordialement, Amadev (FR)

(1) Sans faire de comparaison oiseuses, remplacez crise de 29 par crise de 2008, Youpin par Bicot et « ce jeune caporal allemand prometteur, ce monsieur Adolf » par « cette jeune blonde sympathique », et les similitudes vous sauteront aux yeux. Tout simplement parce que de tout temps et en tout lieu, l’extrême-droite n’a jamais été rien d’autre que les idiots utiles du système capitaliste, pour détourner l’attention des masses sur le bouc émissaire de service, histoire qu’ils arrêtent de se demander qui a provoqué la fameuse crise économique. Non, non, la Grèce est juste victime de l’immigration illégale, allons. Are u fucking kidding me ?

(2) Franchement, après la campagne de 2007, je pensais pas qu’il y avait encore la place pour un de plus, mais l’histoire récente vient de nous prouver le contraire. Et à mon humble avis, les défenseurs des droits de la femme ne vont pas remercier très chaleureusement la Première Folcoche  (comme doivent déjà l’appeller les Quatre Fils Aymon Hollande).

(3) En s’alliant avec le Front de Gauche de manière correcte et honnête, il y aurait bel et bien eu une vague de gauche à l’assemblée. Mais, non, le PS ne voulait pas.

Le gouvernement plane.

C’est une vérité éternelle, quasiment jamais remise en cause. Tous les gouvernements, de quelque bord politique qu’ils soient, perdent, au moment de leur arrivée au pouvoir, toute conscience plus ou moins claire de l’état d’avancement des sociétés dont ils émanent. En terme de politique publique,les gouvernement sont très rares à se lancer d’eux-même dans la merveilleuse aventure du progrès, même lorsqu’ils sont de gauche. A dire vrai, et bien que je n’ignore pas que je vais contrarier les étudiants du MESRQ qui sont des dizaines de milliers à me lire, l’immense majorité des acquis sociaux n’ont pas été donné gracieusement au bon peuple par le pouvoir, mais arraché par ce dernier, avec la menace de noyer le dit gouvernement tête la première dans la Seine. Le gouvernement va plus spontanément en arrière qu’en avant, c’est évident. En fait, là, hormis l’abolition de la peine de mort, assez peu d’exemples me viennent là comme ça à l’esprit. Pour être honnête, depuis ce temps, sur le front du progrès social, le pays des droits de l’homme tend réellement à se reposer un peu trop sur ses acquis. Je veux dire que bon, quand même, quelle raison valable peut être avancée pour qu’un état laïque refuse à une part de sa population le droit de convoler en juste noce devant monsieur le maire, au motif que cette part de la population trouve une moitié qui est désapprouvée par les avis des ouvrages religieux, ce dont, soit-dit en passant, l’État laïque n’a normalement rien à carrer ? Il y a quelque chose d’humiliant d’être derrière le Portugal et les USA, quand même. De même qu’il y a quelque chose de terrifiant, quand en 2012, on parle encore « d’IVG de confort« (1) – probablement le terme le plus répugnant de la dernière campagne avec Assistanat, qui objectivement remporte la palme à mon sens.

Le récent non débat sur la dépénalisation (on n’évoque même pas sa légalisation, d’ailleurs) du diabolique plant de cannabis dans notre beau pays est l’un des derniers exemples de ces moments terriblement génânts où nos gouvernements abandonnent tout bon sens pour se ruer dans les postures les plus convenues et les moins intelligentes qu’ils soit possible d’avoir. Sans même parler du fait que la prohibition claire et nette non seulement du produit, mais carrément de tout débat à son sujet n’envoie guère du lourd question démocratie. La question n’est pas ici de se prononcer sur un jugement moral quand à la consommation d’une drogue fut-elle douce. Il est évident que cela est mal, et qu’à titre personnel, je réprouve la consommation de drogue, inclusivement celles qui sont légales bien que mortelles, telles le tabac ou l’alcool. Fumer c’est mal. Il ne faut pas.

C’est MAL, jeune, apprend-le.

Cela étant dit,, au contraire du gouvernement, nous allons évacuer la question morale pour nous poser le problème de façon rationnelle et politique, à titre d’exercice intellectuel en politistes à l’esprit fin et acéré que nous sommes. Douze millions de consommateurs, ça ne s’écarte pas d’une pichenette, et de toute façon, l’État n’a absolument pas à être moral, mais simplement à assurer la survie de la communauté humaine, c’est-à-dire de l’intérêt général, lequel est évidemment issue de la volonté démocratique du peuple souverain, bla, bla, relisez Rousseau. Bref, entrons dans le vif du sujet : le problème essentiel dans la question du cannabis en France, c’est qu’un gouvernement n’est pas censé se comporter de manière irrationnelle – ou court-thermiste, ce qui est pire – comme il le fait sur la question mais au contraire, selon les nécessité de la Raison et de l’Intelligence. Le philosophe-roi, le technicien de la polis, ou celui qui dispose des moyens de productions du signifiant politique (2), quelque soit le nom qu’on lui donne est censé obéir aux règles froides et glacées de la Raison pour le bien de l’Intérêt Général, merci pour lui. C’est-à-dire que quand quelque chose est manifestement totalement inefficace et parfaitement contre-productif, il ne sert à rien de s’acharner dessus en espérant que les choses vont s’améliorer par miracle, mais bien au contraire, il faut couper la branche pourrie et améliorer ce qui marche. La politique publique en vigueur en France de lutte contre la consommation de cannabis passe uniquement par une répression policière de la consommation – c’est en effet le consommateur de cannabis qui est directement visé, sachant qu’un quart (selon le blog Police du Monde, dont on peut penser qu’il sait de quoi il parle) des procédures policières selon les Sacro-saints Chiffres Sarkozistes est représenté par les affaires de détention d’un demi-gramme de shit en sortie de boîte (3), ainsi que, de temps en temps, un ou deux malheureux trafiquants de seconde zone, les vrais responsables se reposant bien au chaud dans leurs riads du Maroc, à deux cents mille bornes des Stups.  Cette politique a-t-elle eu un effet sur la diminution de la consommation ?

Dans la mesure où celle-ci ne cesse d’augmenter, on peut assez clairement dire que non ; dans notre beau pays, voyez-vous, douze millions de citoyens (quand les marginaux deviennent la majorité, ça pose problème, non ?) ont déjà coupablement tâté de l’herbe à Marie-Jeanne, et environ un million et demi d’individus en seraient des consommateurs réguliers (c’est-à-dire une fois par semaine, tandis qu’être consommateur régulier d’alcool par exemple, c’est plus de trois verres par jour pour un homme). Bien entendu, les jeunes sont majoritairement concernés par cette pratique, selon l’ancestral principe du décalage entre génération. Il est vrai que les jeunes sont coupables de tout et on des moeurs dissolues, les sagouins. Ensuite, la politique de répression coûte plus cher qu’elle ne rapporte, environ 22 millions par an, toujours selon le blog police du Monde, qui s’y connaît un peu. Et on ne parle là que du coût des opérations de police directement lié à la répression de la consommation, puisque les coûts annexe liés à la délinquance qu’engendre naturellement le trafic, en particulier dans les zones populaire, lui pourrait atteindre les deux milliards par an. De plus, la prohibition de toute drogue de grande consommation, historiquement parlant, n’a jamais rien fait d’autre qu’encourager les trafiquants et nuire encore plus à la santé publique ; le meilleur exemple en est encore la Prohibition de l’alcool aux USA, qui a conduit les populations à consommer volontairement des liquides aussi suspects que ceux que pouvaient servir Lulu la nantaise dans son troquet bizarre (Référence, référence !!). Que des clients devenaient aveugles, ça faisait des histoires. Et tout ça pour quoi ? Parce que le gouvernement est incapable de réflechir sainement au sujet, au motif que, « oh, mon dieu, les Français ne sont pas prêt« , dixit la Gôche. Non, parce que faut être très clair : les seuls qui profitent réellement de l’illégalité du cannabis, c’est les trafiquants et les députés de droite les plus stupides, enfin, réactionnaires (ceux dont les électeurs fument comme des pompiers et boivent contre des adjudants).

Ben c’est pas en les empêchant de se faire leur opinion eux-même dans un débat ouvert et démocratique sur le sujet qu’ils vont l’être, prêt.

Parce qu’en fait, si on y réflechi bien, au sujet fumant du cannabis, on se rend assez vite contre que la dépénalisation est non seulement souhaitable, mais évidente. C’est même la seule façon de lutter efficacement contre le trafic, à condition bien sûr de procéder de la façon recommandée par le député Daniel Vaillant dans son rapport, notamment par l’instauration d’une Seita (Société nationale d’Exploitation Industrielle des Tabacs et Allumettes, oui monsieur) du Cannabis. On ne peut pas rejeter le sujet au motif que « oh mon dieu la beuh c’est une drogue« . Ben, oui. M’enfin, que je sache, l’alcool, le tabac et le café, l’un dans l’autre, c’en est aussi, et la logique voudrait que ça soit interdit aussi. Dire que le cannabis est dangereux pour la santé, n’est pas strictement faux. Mais le dire en autorisant largement la consommation massive d’un tabac abominablement trafiqué, dénaturé et blindé de milliers d’atroces saloperies chimiques, toxiques et radioactives qui tue près de cinq millions de personnes par an (c’est-à-dire plus que toutes les autres drogues, les voitures, les guerres et le SIDA réunies), c’est carrément du foutage de gueule massif. En fait, le seul vrai danger de santé lié au cannabis vient précisément de son illégalité ; ce qui est dangereux pour le consommateur dans un joint ou un bang, ça n’est pas la feuille de cannabis, voyez-vous, c’est la grosse dose de tabac qu’il faut bien utilisé pour compléter la maigre pincée d’une minuscule quantité de weeds, vu que ça coûte une telle fortune (dix euros le gramme fourchette basse me dit un collègue qui s’y connaît, lui) que faire un joint « normal », c’est-à-dire entièrement composé d’une dose raisonnable de cannabis comme on fait dans les pays civilisés (dont le Canada curieusement) est totalement hors de propos. Pour la même raison, c’est parce qu’il est illégal que certains malheureux en viennent à toucher au fameux « shit » qui est aussi sain à consommer que son nom l’indique. Le shit, qui est authentiquement dangereux, lui – en fumer est un acte de folie furieuse dans la mesure où on y trouve n’importe quoi, du genre pétrole, essence, colle, trace de drogues à très très forte accoutumance genre cocaïne, etc.

A coté de ça, la weeds « pure » n’a pas grand chose de toxique (bon, la rumeur comme qu’elle rendrait schizophrène est plus ou moins du niveau du crocodile dans les égoût de Paris quoi). Il est notamment impossible de s’intoxiquer mortellement (d’avoir une overdose quoi) avec ce produit, contrairement, d’ailleurs, à toutes les autres drogues, du coma éthylique au cancer des poumons. Évidemment, il faut pour ça qu’elle soit pure. La seule façon de s’en assurer, c’est que l’État prenne en charge lui-même personnellement la production et la distribution du cannabis, s’accompagnant d’un règlement draconien, exactement comme il le fait avec l’alcool.

Pourquoi l’État doit-il produire lui-même le cannabis ? Pour couper l’herbe sous le pied des trafiquants. Le problème de la guerre contre la drogue, c’est que l’État fait semblant d’ignorer que les entreprises criminelles sont des entreprises comme les autres ; qu’une économie parraléle est toujours une économie, qu’un grand trafiquant est un patron comme un autre. En vertu de quoi, la guerre répréssive est totalement inefficace : arrêter un trafiquant ne fait que provoquer l’apparition immédiate d’un nouveau type prêt à reprendre le flambeau. Détruire un stock de contrebande n’a d’autre effet que d’augmenter mécaniquement les prix du cannabis sur le marché noir, rendant d’autant plus intéressante sa vente. A vrai dire, plus la guerre contre le cannabis est violente, plus il devient rentable de se lancer dans ce trafic, d’autant plus, on le voit, que la consommation en est exponentielle. Alors que pour briser les reins à cette industrie, il suffit de l’écrabouiller par la loi élémentaire de la concurrence déloyale, c’est-à-dire en vendant sa propre beuh, contre laquelle le trafiquant ne pourra rien faire. Soyons sérieux, si on parlait de patates, ça serait exactement le même principe : l’État pourra fournir une patate de qualité, bio, équitable, avec des services qu’aucun trafiquant de patate ne pourra ne serais-ce qu’espérer égaler, et ce, pour un prix forcément moins cher. Autant dire que les malheureux devront chercher un nouveau moyen de financer le terrorisme international (qui se finance beaucoup sur le prix du gramme de patate, vois-tu). Un prix moins cher, j’ajoute, mais rien n’interdit au gouvernement de coller sur la patate les même taxes que sur l’alcool ou le tabac ; selon le rapport aisément consultable du député Vaillant, il y a chaque année trois milliards d’euros d’impôt en TVA dont l’État ne profite pas, vu que ça part littéralement en fumée. Si on annule (ou qu’on réduit considérablement) les dépenses liés à la poursuite (inutile, rappelons-le) des consommateurs de cannabis, c’est un bon cinq milliards d’euros qui devrait tomber directement dans l’escarcelle gouvernementale, et franchement, je ne parle même pas des éventuels bénéfices à l’exportation ^^.

En conclusion, la légalisation (et même la création d’une filière nationale) est une manne financière, le moyen efficace de détruire le trafic lié à l’herbe et de résoudre les trois quart des problèmes (coûteux pour l’assurance sociale) de santé lié à la consommation d’un produit de très mauvaise qualité (qui finance le terrorisme). La légalisation, dont la dépénalisation n’est que le premier pas, est donc à terme inéluctable. Une fois que les « Français seront prêt« . Il serait temps que les gouvernements finissent par faire leur la devise d’Havelock Vétérini : « puis qu’il y a crime autant qu’il soit organisé – et qu’il paye ses impôts« . Et figurez-vous qu’Ankh-Morpokh marche très bien.

En vous souhaitant une saine réflechion, Amadev (FR).

(1) : tant il est vrai que c’est plaisir d’avorter pour les femmes, j’en suis convaincu. C’est d’ailleurs quelque chose d’abject de dire ça quand en Afrique et en Turquie, les femmes se battent chaque jour pour ce droit élèmentaire.

(2) : Sacré Bourdieu, avec ses mots de quinze pieds, quel boute-en-train.

(3) : ces fameux chiffres sont la « moyenne d’élucidation », c’est-à-dire le nombre d’affaires résolues par le détachement de la maison poulaga concerné. Seulement, on compte de la même façon la résolution d’une affaire de meurtre barbare à la hache sans témoins ni preuve au bout de trois ans d’enquête, et la verbalisation d’un jeune chevelu de retour de soirée avec le dit demi-gramme de shit dans sa poche. Pour nos amis les flics, c’est donc un moyen simple, élégant, consensuel et surtout franchement pas fatiguant de faire monter sa moyenne d’élucidation, ce qui fait plaisir à tout le monde, vu que promo, médailles et salaires y sont directement liés. Pour découvrir l’aboutissement logique et inéluctable de pareille politique du chiffre, je conseille instamment de visionner la fameuse série The Wire (VF : Sur écoute) d’HBO, qui est un véritable cas d’école.

For the Blogue is dark – and full of terrors.

‘sup, gentil lecteur, gentille lectrice ? Moi perso, ça va : depuis deux semaines, ma respiration est beaucoup moins gênée par de vagues relents de gaz lacrymogènes, le poivre s’est retrouvé à sa place normale, c’est-à-dire sur mon steak, lequel d’ailleurs ne devient pas gris avec des tâches vertes (franchement suspectes) quand je le met à cuire, ce qui achève de prouver que je suis bel et bien retourné en Europe, qui plus est, en France. J’entre désormais dans les magasins le pas fier et l’air conquérant, sachant que le Monde me coûtera bien 1.50€ et que, merci, merci, par Thor, Odin et Freya (elle est cool, Freya), le prix indiqué sera le prix réel. Hahaha.

Pas de taxes ! Pas de pourboire ! Rendez-vous compte ! Les vrais prix ! Internet illimité !! Un gouvernement socialiste !!! Le décret du 31 mai 2011 annulé ! Un président que le monde entier nous envie, sauf les américains qui pensent que c’est un socialo-communiste ! Du pain ! Bons dieux, du VRAI pain ! Avec une croûte et de la mie ! Et du vin, du vrai vin qui se boit ! Avec de la bouffe qui se mange ! Et puis surtout, oui, surtout, oui, de la Culture ! OH OUI. Des films, du théâtre, de l’opéra !! HAN. Et en plus mon caisson de basse. Ach, c’est trop de bonheur. Sérieux, c’est inhumain de vivre à 7000 km de la plus proche blanquette de veau. Tu m’étonne que les Canadiens soient des malades frustrés qui parlent anglais et vénèrent une vieille. Dans l’avion pour la maison, la musique dans mes oreilles, ça envoyait du cliché.

Trenet, c’est notre Charlebois à nous, t’vois.

Mais que le Québec ne désespère pas, que l’on ne pleure pas le long du Saint-Laurent, de Gaspé à Rimouski, de Chicoutimi à Québec, et de Trois-Rivière au Saguenay-Lac-Saint-Jean, car, oui, un jour, je reviendrais, figure-toi, à Montréal (mais juste à Montréal, hein plus jamais que je met les pieds à Toronto de ma vie, c’est juré !). Allez, hop, encore un peu de cliché, les enfants ?

Mais bon, c’est pas tout ça, mais quand même, venons-en au propos de ce charmant article. Vois-tu, petit malin, c’est pas pour rien que Paris est la plus belle ville du Monde ever qui te met la misère à Rome et prend Venise et Berlin d’une seule main, c’est surtout parce qu’ici, tu as un cinéma par habitant, deux libraires d’occasion (ah, le prix unique du livre ! D’jack, je t’aime tu sais – Lang, hein, pas Daniels, je ne suis pas Pipo ^^), un Opéra pour dix mille et des théâtres comme s’il en pleuvait. Quelle meilleure occasion pour introduire ma nouvelle chronique régulière : les Snobinarderies culturelles d’Amadev ? 

Limite, c’est tout ce que j’ai trouvé pour continuer ce blog : non seulement le Québec, c’est difficile d’en parler maintenant que che suit revenu dans mon doux Paris, cité de rêve, de joie et de pintes de broue à huit euros (non, ça j’aime pas, vivement Lille), mais en plus question blog politique (enfin, stalino-politique), le gouvernement Ayrault est tristement dépourvu d’intérêt pour moi. La seule chose que je peux écrire, c’est euh, ben, okay, bravo, keep going. J’veux dire, même l’UMP, on sent bien que ça patauge question critique : à part le jean de Duflant (dont objectivement on se tamponne la nouille avec des pantoufles puissance dix), on voit que ça galère du coté de la cellule riposte. Petit bonus à François le Fillon, qui trouve le moyen de s’interroger sur l’éventuelle dégradation de la France… le jour où les taux à dix ans deviennent stable au meilleur taux depuis dix ans, c’est-à-dire depuis Jospin (1). Epic fail ! Éventuellement, je pourrais me gausser du Point et de l’Express, parce que depuis qu’Hollande est élu, les couv’ des journaux de la Réaction (2) sont juste priceless… Entre l’Express – UMP -(« Les Riches, comment vivent-ils sous la dictature socialisto-communiste ?« ) et le Point – The Economist en mal écrit – (« La France des Tire-aux-Flancs : Journalistes, Fonctionnaires, Étudiants et Professeurs« ), on s’amuse bien.

Soyons impartiaux : on peut aussi rigoler devant les articles joyeux du Nouvel Obs (PS) et de Marianne (Gauche républicaine, tendance Méluche), parce qu’on sent qu’ils ont un peu le même problème que moi : « Merde, c’est tout bon, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir dire ?? ». D’ailleurs, Libé essaye de se faire critique, mais bon, c’est comme le « Scandale » Zemmour, tout est tellement beau dans le meilleur des mondes que ça ne marche juste pas, en fait. Bref. Du coup, j’annonce : on me savait déjà suspect de bien des choses, il est temps que je rajoute un crime aux autres, histoire qu’on arrête de me qualifier de « classe bourgeoise intellectuelle supérieure » (celle qui a le droit de garder sa tête avec Mélenchon, ce qui est heureux vu qu’elle forme 85% des troupes du Parti de Gauche.) pour enfin avoir le droit à l’insulte suprême, celle de l’Abominable Bobo du Onzième.

MOUHAHAHAHA.

(à suivre…)

Bien à toi, amie lectrice et à toi aussi, ami lecteur. Brace yourself : Kultur Rundschau ist kommst. 

(1) : Quand on conteste la force de Progrès, ça s’appelle comment ? ^^

(2) : Détail cocasse, savez-vous pourquoi la droite ne parle jamais de la période 1997-2002 ? Parce que jamais l’économie Française ne s’est mieux portée que pendant ces cinq ans. Rappelons qu’en moins de 3 ans, Lionel Jospin a ramené notre biau pays au niveau nécessaire pour entrer dans l’euro.

La Révolution perdue

La loi d’exception numéro 78 qui, par 68 voix contre 48, a été adoptée en session extraordinaire vendredi 18 mai marque dans cette crise à la fois une rupture et une continuité claire.

C’est une rupture, dans le sens où le gouvernement libéral franchit là un palier définitif ; en choisissant de sacrifier la démocratie au profit du maintien de « son » ordre, il condamne d’office toute reculade : pour le gouvernement comme pour le peuple, il ne reste qu’un seul choix, celui de vaincre ou périr. Les Libéraux contre la Société. Mais cette loi, c’est la marque d’une continuité logique, claire, prévisible, de la politique du Parti Libéral du Québec, au terme de trois mois de mépris. Par extension, la chose était prévisible : les gouvernements, qu’ils soient Canadiens ou Québécois, ont historiquement toujours été prompts en semblables cas à oublier Charte et Droits de l’Homme dans l’usage systématique des lois d’exceptions, c’est-à-dire de la répression pure, pour briser chacun des mouvements sociaux qui avaient pu s’avancer jusqu’à menacer leur domination. Des lois sur les Mesures de Guerre à la Grève des Infirmières de 1999, la coercition financière et la violence brute ont toujours été l’arme privilégiée d’un État qui ne reconnait de droit que les siens propre.

Rarement, toutefois, l’atteinte à la démocratie, et, partant, à l’ensemble de la société québécoise, aura été perçue avec autant d’acuité. Jamais peut-être dans l’histoire du Québec moderne n’avait-il encore été question de censurer jusqu’à Internet, d’en surveiller les moindres soubresauts, et d’y pénaliser sévèrement l’expression, en une sinistre imitations des pires dictatures de ce monde. Jamais encore le masque démocrate – qui ne se souvient de Line Beauchamps feue la ministre de l’Éducation, des Loisirs et du Sport s’exclamer « nous sommes les gardiens de la Démocratie » ? – n’avait été si aisément mis de coté, si nonchalamment renié par ceux-là même dont la tâche la plus sacrée aurait du en être la défense. Jamais jusque là n’avions inventé que le simple port d’un morceau de feutre écarlate à la boutonnière puisse valoir 5000$, qu’un groupe de onze jeunes dans une rue soit un trouble caractérisé à l’ordre publique (passible d’un an de prison), que les portes-paroles des associations étudiantes, au lieu de défendre ceux-ci, devraient plutôt leur interdire de parler, sous peine d’avoir à subir d’effroyables amendes de 125 000$. Jamais enfin la liberté d’expression n’avait été si froidement déniée à toute une partie du peuple, sous les applaudissements serviles de médias stipendiés, perroquets zombies répétant depuis trois mois la novlangue gouvernementale ; où « grève » devient « boycott », Manifestation émeute et manifestant casseur, protestation terrorisme et contestation attentat, démocratie répression. Si complète et si totale est la violation des principes mêmes les plus sacrés de la démocratie, que les prétendus garants de ceux-ci donnent tous pouvoirs, répressifs, judiciaires, législatifs, à un ministre de l’éducation devenu celui de la répression, au nom de l’Article 9 loi 78-2012 (1). Oh, il existe des règles, des recours, fédéraux notamment. Il n’y a aucun doute : la loi 78 sera annulée en définitive. Dans trois mois, dans un an. Qu’à cela ne tienne, pour Jean Charest et les siens, le triomphe sera consommé : les associations, coupables, trop coupables, auront été asphyxiées, siphonnées de leur argent -indispensable nerf de la guerre- par chaque regroupement de onze jeunes passant à moins de 50 mètres d’un « lieu d’enseignement » (2), par une Justice aux ordres et une police toute puissante ; l’ordre régnera à Montréal et les frais de scolarité seront bien payés. Le PLQ et son petit camarade PQ le savent bien, qui jouent la comédie du pouvoir. Oh, le PQ grognera un peu, pour la forme, mais, baste, cette hausse fait bien leurs affaires à eux aussi, il ne s’agira que d’amuser la galerie, d’épater le bon peuple.

Comme il le font depuis la Révolution tronquée, cette révolution tranquille qui commença comme l’aspiration irrésistible d’un peuple à se donner son propre destin, et finit comme un combat pour écrire Twilight en Français sur les murs de Montréal, la révolution sociale perdue en chemin, les Québécois oubliant que la lutte – ô combien nécessaire ! – pour la souveraineté ne pouvait pas pourtant faire l’impasse sur la lutte sociale. Sinon, à quoi bon vouloir un « modèle Québécois », quand on ne songeait qu’à copier-coller le modus-vivendi du voisin anglophone, mais arrosé de Boréale au lieu que de Rolling Rock ? De quel exception devait se targuer le Québec ? D’écrire libéralisme avec un -e ? Telle fut peut-être – sûrement – une des causes des échecs du souverainisme au référendum. Au-delà de la bataille – admirable, mille fois admirable on ne le répétera jamais assez – pour la langue, le pouvoir québécois est un Janus, une face regardant vers le souverainisme, l’autre soupirant pour le fédéralisme, mais communiant dans une même dogma ultra-libérale proche, si proche de celle d’outre-Outaouais. Comment s’en étonner lorsque que l’on sait que le Parti Québécois qui trusta -et truste encore- le créneau du souverainisme au dépens du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale (RIN) rouge et noir était formé de déserteurs du PLQ ? Un pays qui ne veut avancer qu’une jambe ne bouge pas ; il tourne en rond, aveuglé par le miroir aux alouettes.

La Révolte étudiante qui gronde, ce rouge et ce noir qui bat dans les vieilles artères du Québec, qui arrache des cris de terreur aux retraités du Lac-Saint-Jean, c’est la Province qui se réveille, c’est le pays qui rouvre les yeux, ce sont les vieux fantômes – en cette veille de la Journée des Patriotes – oubliés qui s’ébranlent, les trahis du RIN et les abandonnés de la révolution tranquille, les toiles poussiéreuses du mythe des deux partis qui s’écroulent. Cette loi 78, c’est peut-être le choc nécessaire pour le vieux Peuple québécois de prendre conscience de lui-même à nouveau, de secouer les chaînes de Québecor et de TVA, et de descendre retrouver ses enfants écarlate dans la rue. Mépriser cette jeunesse, c’est mépriser le Québec, comme le font les Libéraux, qui pour le dire franchement, s’en câliss’. Ces jeunes – de tout âge et de tous horizon – qui font front ne sont pas contre, ils sont pour, pour leur pays, pour la liberté, pour la démocratie. Ces jeunes, c’est la chance du Québec. Leur tâche est immense, leur fardeau terrible. Ils sont ceux qui sont au sommet de la vague, sur la ligne de partage des eaux et de l’histoire ; de leurs actions, plus que jamais auparavant, dépendra l’avenir de la communauté québécoise, et elle aura une influence sur le monde entier. Qu’ils se couchent devant l’oppression, l’inacceptable, et c’est le Québec tout entier qui meurt à nouveau, dans ce coma végétatif fait de surconsommation et de lent recul de la loi 101 ; qu’au contraire ils se révoltent, entraînant leurs pères et leurs frères, et mères et soeurs, et caribous, et c’est la fin du monde. L’écroulement massif et complet d’un système corrompu qui ne tient que par la force de quelques enveloppes et de trois réseaux, que par la matraque et le bouclier. Cette révolte, c’est la possible deuxième naissance du Québec – un Québec libre, un Québec fier, un Québec démocratique.

La responsabilité est grande, la sagesse des jeunes du Québec à la hauteur de leur folie. Je crois en eux comme je crois au Québec, comme je crois qu’il ne peut se bâtir de pays sans une société juste, et qu’il ne pourra jamais y avoir de société juste au Québec sans pays. Le Québec peut terminer sa révolution. Il lui suffit d’avancer sur ses deux jambes.

Avec toute mon affection, from Montreal with love, Amadev (Qc)

(1) Article 9, loi 78 39-2012 : « La Ministre de l’Éducation, du Loisir et des Sports peut prendre toutes les mesures nécessaires, notamment prévoir les dispositions législatives et réglementaires qui ne s’appliquent pas et prévoir toute autre adaptation nécessaire aux dispositions de la présente Loi [78] ainsi qu’aux dispositions de toute autre loi et de ses textes d’applications 

[…]

Sauf pour les articles 15 et 20 de la Loi sur les Règlements, les sections III et IV de cette loi ne s’appliquent pas, le cas échéant, à une mesure prise par la ministre en vertu  du présent article » Inconcevable dans un état de droit.

La loi sur les Règlements (L.R.Q 18) se trouve ici : R18_1.HTM.

(2) : Question. Y-a-t-il plus de 50 mètres entre les quais du métro Berri-UQAM et l’UQAM ? Parce que vu le nombre de jeunes qui y passent chaque jour, rouge au coeur, la CLASSE doit déjà emprunter à 22%.

Article II : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

Mes biens chers frères, mes biens chères soeurs… si nous sommes ici réunis en ce lieu, c’est pour honorer la mémoire de la Démocratie Québécoise, morte en ce triste jour du 18 mai 2012, au terme d’une longue agonie…

Alors, oui, la Démocratie Québécoise n’était pas parfaite – mais que celle qui n’a pas fait taire un journaliste génant, des soixante-huitards attardés, quelques militants faucheurs d’OGM lui jette la première pierre ! -, pourtant elle aura eu l’indéniable mérite de tâcher de déployer ses ailes, en dépit de la colonisation, des humiliations, du zombie couronné sur les billets de 20$, alors même que sa voisine la plus proche, la Démocratie Canadienne, fut retrouvée morte, abattue froidement de deux balles dans la nuque, au milieu d’un champ pétrolifère du nord de l’Alberta (1). 

Tournée quelle était vers l’infâme oppresseur d’outre-Outaouais, elle n’aura pas vu, ou pas cru, le cancer qui mûrissait en son sein, la bête cruelle et avide des servants les plus obtus de l’ultra-libéralisme le plus abscons. Et ce sont pourtant eux qui viennent si sauvagement de poignardé l’innocente, en toute discrétion, eux, les assassins qui vinrent dans la nuit, l’âme vile et le souffle court, rampant dans la Chambre Bleue, la loi 78 au clair, coeurs vides et masques bas (2), frappant à mort la Démocratie, qui ne devait pas tarder à périr des conséquences de ses blessures létales, comme un vulgaire étudiant sous les matraques de la Sécurité du Québec (3). 

Amen.

Et tandis que trépassait la démocratie sous les applaudissements des libéraux, passait la loi numéro 78. Loi scélérate ? Oui, mille oui, mais ne dites pas que c’est une loi fasciste. Ne dédouanez pas le libéralisme, ne lui permettez pas de s’esquiver, ne lui tendez pas cette perche. C’est trop facile. Non. Regardez de vos yeux : sa nature réelle est devant vous, là, visible. C’est lui, c’est lui le coupable, c’est lui l’assassin, nul autre. Pas d’idéologie derrière laquelle se cacher cette fois-ci : l’empereur est nu et nous voyons le sang sur sa peau.

Carré noir, espoir ?

Cette loi 78 n’est pas fasciste : elle est libérale. C’est la volonté du libéralisme, poussé dans ses derniers retranchements, rendu suicidaire comme le cheval que le feu qui l’encercle a rendu fou, et qui, prenant le mors aux dents, tout yeux tourneboulés et hennissements déments, fond de toute la vitesse de ses jambes se jeter de la falaise droit devant lui ! Oui, la volonté qui soutient, qui porte cette loi 78 indigne, infâme, inique, n’est rien d’autre que l’aboutissement logique de la raison libérale, le mépris enfin révélé au grand jour de tout ce qui n’est pas lui, la violence sans pitié dont il use, quand, dos au mur, il n’a plus que le choix entre se suicider ou déplaire aux grands capitaux qui veulent, oh, comme ils la veulent, cette université juteuse, pour la presser comme un citron, en aspirer toute la moelle, en vampiriser la substance, étendant leurs tentacules dans les dernières maigres alcôves de résistance !

Oui, regardez-les, regardez-les bien, ces libéraux qui se clamaient les gardiens de la démocratie, les empereurs du débats, les papes de la conciliation ! Regardez-les, les mains noires de leur forfait – les deux mains sur le coutelas ! -, cette bête immonde qui interdit les rassemblements, condamne d’office les manifestations, déclare émeute les groupes de plus de onze jeunes, criminalise la protestation, proscrit la liberté d’opinion, immole à son Moloch les derniers vestiges de la liberté d’expression qui avaient survécus au duel la Presse – le Devoir… c’est l’enfant du libéralisme fou que cette loi 78 qui diabolise le syndicalisme, détruit en direct le droit de grève, révéle un ministère de l’éducation doté des pleins pouvoirs de répression et d’exclusion, menaçant les professeurs, envoyant l’anti-émeute pour les forcer à donner des cours à des classes vides, cette loi, cette loi scélérate, infâme, qui tue la liberté des uns pour sauver le pouvoir corrompu des autres, cette loi qui fait – crime parmi les crimes – dire qu’il y a maintenant une honte d’être né au bord du Saint-Laurent, comme il y avait un poids sur la poitrine de Marianne au soir du 22 avril.

Honte ? Non, n’ayez pas honte, cette tâche n’est pas la vôtre, elle ne souille qu’un gouvernement corrompu, au bord du gouffre, qui dans sa démence, se voit Charest comme Néron, brûlant l’UQAM comme brûlait Rome à l’aube d’un nouveau siècle. Mais les braises qui brûlent le plus fort cette nuit, le feu qui, de plus en plus haut, de plus en plus fort, de plus en plus décidé, de plus en plus intrépide, se dresse face aux ténèbres quand la démocratie vacille et que le Québec tremble, c’est toi, c’est lui, c’est eux, ce sont tous ces gens, ces étudiants, ces jeunes du Québec qui sont là, eux qui refusent, eux qui crient, et qui hurlent, et qui remuent sous le fer, les matraques et le gaz, les coups, les injures, le mépris, la haine et la peur, eux qui crient NON à la folie, et eux qui crient OUI à la liberté, eux qui se lèvent face à la démence de l’ultra-libéralisme qui voit en tout une marchandise, eux qui brisent les outils du malheur, maudissent les maîtres de l’aveuglement, oui, cette marée immense, cette marée rouge et noire qui envahi les artères de Montréal, de Victoriaville et de Québec, qui soulève le joug, qui renverse les barrières de la bêtise et repousse la massue de l’ignorance ! Entendez-le ! Ce peuple qui  hurle : son rugissement de fureur est le pouls dans les veines de l’humanité, le cri de l’esclave qui jette ses chaînes au visage du bourreau, celui du condamné qui s’évade, celui de l’enfant qui naît ! Son visage, regardez-le, c’est celui de l’espoir – ce doit être celui de l’avenir. Vive eux ! Vive les Québécois, eux qui se lèvent tous enfin, et qui vont la reprendre à la fin, cette liberté qu’on a volé à leurs pères, qu’ils achèvent enfin cette Révolution dont les libéraux les ont spoliés trop longtemps !

Et en attendant ce jour-là, nous, nous serons tous Québécois.

Vive le Québec quand il est rouge !

Vive le Québec quand il est noir !

Et vive le Québec quand il est libre !

Article V

La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. 

loi78

Amadev(QC). Qui garde ses carrés rouges, quand bien même c’est interdit par la loi, et qui regarde la grande lueur se lever à l’Ouest. C’est beau, putain !

(1) : L’objectivité nous oblige néanmoins à préciser que la Démocratie Canadienne ayant beaucoup vécu à Toronto, la Gendarmerie Royale du Canada n’exclu  pas de privilégier la thèse du suicide à celle de l’accident bête. L’enquête suit son cours et reprendra dès que les constables auront fini de jouer les choeurs pour les bûcherons travestis et de pendre des francophones indépendantistes pour leur voler leurs terres.

(2) Curieux, pourtant, c’est à Québec que la Démocratie Québécoise nous a quitté…

(3) La Presse.ca, organe officiel du parti, nous informe qu’il s’agit « probablement » d’un coup des Blacks Blocs qui n’en manquent décidément pas une. Salauds de jeunes.